Tartuffe ou L'imposteur

Molière dénonce dans cette pièce l’hypocrisie religieuse incarnée par le célèbre personnage de Tartuffe.
Découvrir deux scènes clés de la plus controversée des œuvres de Molière.

Acte I, scènes 4 et 5

 

ORGON, CLÉANTE, DORINE.
 
 
 
DORINE.- Madame eut, avant-hier, la fièvre jusqu'au soir,
 
Avec un mal de tête étrange à concevoir.
 
ORGON.- Et Tartuffe ?
 
DORINE.- Tartuffe ? Il se porte à merveille,
 
Gros, et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - Le soir elle eut un grand dégoût,
 
Et ne put au souper toucher à rien du tout,
 
Tant sa douleur de tête était encore cruelle.
 
ORGON.- Et Tartuffe ?
 
DORINE. - Il soupa, lui tout seul, devant elle,
 
Et fort dévotement il mangea deux perdrix,
 
Avec une moitié de gigot en hachis.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - So verstrich die ganze Nacht. Die Schmerzen blieben ungelindert und weil das Fieber sie am schlafen verhindert, habe ich am Bett bis morgens früh gewacht.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - La nuit se passa tout entière,
 
Sans qu'elle pût fermer un moment la paupière;
 
Des chaleurs l'empêchaient de pouvoir sommeiller,
 
Et jusqu'au jour, près d'elle, il nous fallut veiller.
 
ORGON.- Et Tartuffe ?
 
DORINE. - Pressé d'un sommeil agréable,
 
Il passa dans sa chambre, au sortir de la table;
 
Et dans son lit bien chaud, il se mit tout soudain,
 
Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - À la fin, par nos raisons gagnées,
 
Elle se résolut à souffrir la saignée,
 
Et le soulagement suivit tout aussitôt.
 
ORGON.- Et Tartuffe ?
 
DORINE. - Il reprit courage comme il faut ;
 
Et contre tous les maux fortifiant son âme,
 
Pour réparer le sang qu'avait perdu Madame,
 
But à son déjeuner, quatre grands coups de vin.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - Tous deux se portent bien enfin ;
 
Et je vais à Madame annoncer par avance,
 
La part que vous prenez à sa convalescence.
 
 
 
ORGON, CLÉANTE.
 
 
 
CLÉANTE.- À votre nez, mon frère, elle se rit de vous ;
 
Et sans avoir dessein de vous mettre en courroux,
 
Je vous dirai tout franc, que c'est avec justice.
 
A-t-on jamais parlé d'un semblable caprice ?  
 
Et se peut-il qu'un homme ait un charme aujourd'hui
 
À vous faire oublier toutes choses pour lui ?
 
Qu'après avoir chez vous réparé sa misère,
 
Vous en veniez au point...
 
ORGON.- Halte-là, mon beau-frère,
 
Vous ne connaissez pas celui dont vous parlez.
 
CLÉANTE.- Je ne le connais pas, puisque vous le voulez :
 
Mais enfin, pour savoir quel homme ce peut être...
 
ORGON.- Mon frère, vous seriez charmé de le connaître,
 
Et vos ravissements ne prendraient point de fin.
 
C'est un homme... qui... ha... un homme... un homme enfin.
 
Qui suit bien ses leçons, goûte une paix profonde,
 
Et comme du fumier, regarde tout le monde.
 
Oui, je deviens tout autre avec son entretien,
 
Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien ;
 
De toutes amitiés il détache mon âme ;
 
Et je verrais mourir frère, enfants, mère, et femme,
 
Que je m'en soucierais autant que de cela.
 
[…]

Le personnage de Tartuffe, visible dans l'extrait 3, se fait passer pour quelqu'un qu'il n'est pas.
A travers la mise en scène pourtant moderne, on retrouve la critique moliéresque de l'hypocrisie religieuse.

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