Révolutions : comment ça marche ?

De juillet ou d'octobre, de velours ou de palais, des roses ou des œillets, quelles révolutions pour quels résultats ?
Comparer son travail avec celui d'un journaliste.
Le reportage
 
Quelle est LA référence ?
La première référence c’est la Révolution française, toujours citée, montrée en exemple. On glorifie 1789, la Prise de la Bastille, l’abolition des privilèges, la fin de l’Ancien régime ; on passe généralement sous silence la Grande Terreur de 1794 et Robespierre, le principal agitateur de la révolution. On retient, pour l’histoire, l’essentiel, à savoir : le suffrage universel, la séparation des pouvoirs, les libertés fondamentales, l’égalité devant la loi et toutes sortes d’idéaux issus du siècle des Lumières. La Révolution française, pour le monde entier et pour longtemps, c’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, une référence qui ne vieillit guère, 222 ans après ce 14 juillet 1789.
 
Les révolutions : ça marche comment ?
En Serbie, la révolution du 5 octobre 2000 a plutôt bien marché. Premier exemple d’une révolution récente, pacifique avec, comme catalyseur, un mouvement de jeunesse « otpor » ce qui veut dire résistance et un mot d’ordre dirigé à l’encontre du leader Milosevic : « gotov je » ce qui veut dire « il est fini ». Voilà qui nous rappelle des injonctions du style « dégage » vu à Tunis et au Caire.
En Géorgie, 3 ans plus tard, c’est la révolution dite « des roses », les pancartes disent « Kmara ! » : « assez ! », assez, du président Chevardnadze qui ne tarde pas à partir. La troisième étape de la révolte post-communiste se produit en 2004. C’est la fameuse révolution orange qui éclate en plein hiver sur la place centrale de Kiev. Les Ukrainiens dénoncent en masse les fraudes électorales. Révolution, ce sera de fait, le troisième tour de l’élection et Viktor Yushchenko qui sera élu.
Serbie, Géorgie, Ukraine, trois succès et un dénominateur commun qui est le fondement même de ces victoires : des régimes où l’autorité même de l’État était aussi affaiblie que discréditée.
 
Les révolutions qui échouent : pourquoi ?
Ces révolutions-là n’ont pas abouti pour des raisons fort différentes. En Birmanie, rien, ni personne, pas même les 800'000 moines bouddhistes du pays n’a pu avoir raison de la junte militaire au pouvoir. C’était la révolution safran, de la couleur des habits de ces bonzes qui n’entendaient plus apporter leur caution au régime dictatorial. C’était en septembre 2007. La révolution safran s’est conclue par des morts, des blessés, des arrestations par centaine. Ce n’est qu’en 2010 qu’on a enfin pu assister au moins à la libération d’Aung San Suu Kyi.
En avril 2009, c’est couleur « autre couleur », en Thaïlande, chemise rouge contre chemise jaune. Les jaunes, proches du roi, avaient obtenu le limogeage de l’ancien premier ministre Thaksin. Les rouges, les sympathisants de Thaksin, exigeaient le retour de leur idole. Une révolte, plus qu’une révolution. Des morts, des dégâts considérables, des milliers de touristes bloqués dans les aéroports en grève.
Les couleurs restent, les rancoeurs aussi. Du safran, du rouge et du jaune, on passe au vert. Comme la révolution en Iran, la Révolution verte, en juillet de l’année 2009. Une révolte consécutive là encore à la réélection contestée et pour le moins contestable du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Révolution rime alors avec répression, sous l’œil des téléphones portables, vecteurs nouveaux et performants d’une information difficilement censurée par le pouvoir en place à Téhéran. Téhéran, qui en avait connu d’autres des révolutions, c’était il y a trois décennies. Une révolution qui n’avait alors le nom, ni d’une couleur, ni d’une fleur.

L’éditorial
C’était au soir du 14 juillet 1789, la bastille venait de tomber aux mains des insurgés parisiens. Il fallait en informer le roi. C’est le Duc de Liancourt qui se présenta devant Louis VI et lui fit un résumé de la situation. « Mais, c’est une révolte ! » dit le roi et Liancourt de lui répondre de manière visionnaire : « Non Sire, c’est une révolution ».
Est-ce ainsi qu’un Liancourt tunisien ou égyptien présenta les choses tout récemment à messieurs Ben Ali et Moubarak ? On ne sait, de même qu’on ne sait pas toujours distinguer ce qui tient de la révolte et ce qui caractérise la révolution.
La révolte c’est un mouvement populaire en réponse à un type de problème non résolu ou traité de manière méprisante par un pouvoir dont on conteste alors le chef ou ses représentants. La révolution c’est autre chose. Au-delà de la révolte, c’est une remise en cause totale, violente, de l’ensemble du système et des institutions en place. Tous les révoltés ne sont pas forcément des révolutionnaires, mais tous les révolutionnaires sont aussi des révoltés. L’important c’est de ne pas être dupe. Comme le faisait remarquer avec humour Philippe Bouvard : « Attention, la révolution ne supprime pas toujours les privilèges, elle se borne parfois à changer les privilégiés

Les révolutions, la politique, les droits de l’homme, les relations internationales, le printemps arabe, les dictatures.

Chaîne d'origine : RTS

Présentation : Xavier Colin

Production : RTS / TV5MONDE

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