Quel avenir pour les Guarani ?

Les Guarani retrouveront-ils leur terre ancestrale ?
Débattre sur la manière d’envisager la mort selon les cultures et sur l’avenir des populations autochtones.

Voix off

Janvier 2014, un petit village au Brésil près de la frontière du Paraguay. Un adolescent, un Indien, vient de se pendre. Il s’appelait Dedison, il avait 15 ans.

Tonico Benitesanthropologue et porte-parole des Guarani

En ce moment, beaucoup de gens que je connais, mes amis, ont le sentiment qu'ils ont perdu leur autonomie, leur capacité à survivre. Donc, ils commencent à penser à la mort.

Voix off

Il n’y a aucune explication simple qui justifie qu’un jeune adolescent en bonne santé comme Dedison en arrive à se suicider. Mais il n’est pas le premier parmi les Guarani, la plus grande population d’Indiens autochtones du Brésil : 45 000 personnes. D’après les chiffres du gouvernement, les statistiques de suicide sont 12 fois plus élevées que la moyenne nationale. Un nombre anormal d’adolescents et de jeunes adultes décident d’en finir. Pour Tonico Benites, anthropologue et porte-parole des Guarani, la racine du mal est le lien sacré qui les unit à leur terre. Au siècle dernier, la plupart des Guarani ont été chassés de leur terre ancestrale, forcés de vivre dans des réserves.

Tonico Benitesanthropologue et porte-parole des Guarani

Ils ont cette nostalgie de leur terre, de la vie qu’ils y menaient. Cette nostalgie de la beauté des lieux, de la liberté, de l’autonomie qu’ils avaient dans leur territoire. Dans les réserves, vous n’avez rien de tout cela. Le suicide est le moyen de refuser d’accepter ça.

Voix off

À cela s’ajoute le préjudice porté aux Guarani, un poids que nous explique Maria De Lourdes de Alcantara, anthropologue :

Maria De Lourdes de Alcantaraanthropologue

Ce qui se passe c’est que les jeunes Autochtones vivent entre deux cultures, ils ont du mal à dialoguer avec la société qui les entoure, une société qui a beaucoup de préjugés contre les Guarani.

Voix off

Frappés par la dépression, l’alcoolisme, la pauvreté et la violence, ils sont près de 500 Guarani à s’être suicidés ces dix dernières années, d’après les chiffres officiels. D’autres ont choisi de quitter les réserves pour tenter une autre vie, en ville, toujours en marge.

Maria De Lourdes de Alcantaraanthropologue

Quand ils reviennent dans leur tribu, ils n’ont pas le sentiment d’y appartenir parce que leurs familles sont dispersées.

Voix off

Cette douleur, qu’est la perte de ces terres, est le résultat d’une lutte vicieuse, parfois mortelle qui secoue de vastes régions du Brésil. Tonico travaille aux côtés des communautés Guarani de Mato Grosso do Sul, un État très vaste et très fertile au sud-ouest du pays, l’épicentre de ce conflit. D’un côté, les fermiers qui se sont installés sur les terres des Autochtones et les ont cultivées, pour certains depuis plusieurs décennies. De l’autre, des Guarani, comme Tonico, qui militent pour récupérer leur ancienne terre. Un combat qui lui a valu d’être menacé plusieurs fois ces dernières années.

Tonico Benitesanthropologue et porte-parole des Guarani

Dans mon cas, ils me poursuivent en me mettant la pression via mon téléphone portable : ne te mêle pas de cette lutte pour la terre où tu seras tué ! Ça m’est arrivé trois fois. Une fois j’attendais sur le bord de la route et un camion a roulé vers moi à toute vitesse ! J’ai dû sauter, sans cela il m’aurait percuté, tué. Après, ils m’ont dit que c’était un accident mais ce n’en était pas un ! 

Voix off

Il affirme que ce sont les agriculteurs, les éleveurs et les milices qui sont derrière cette attaque.

Tonico Benitesanthropologue et porte-parole des Guarani

Ils nous encerclent, brûlent nos cabanes, et les gens, ils emmènent les gens loin et ils commencent à tirer des balles en caoutchouc, ils utilisent la torture.

Voix off

La violence a redoublé après la chute de la dictature au Brésil dans les années 80 lorsque le gouvernement a enfin reconnu le droit à la terre des Autochtones et lorsqu’en 1990, il a officiellement délimité les terres appartenant aux Guarani. Un processus lent et légalement compliqué. Pour les fermiers et les éleveurs de la région, l’histoire s’écrivait à l’envers. Pour le président de l’association des fermiers brésiliens, Francisco Maya, cette politique de la restitution des terres aux Guarani est clairement injuste.

Francisco Mayaprésident de l’association des fermiers brésiliens

Il y a des fermes ici, et des familles dans cette région, qui avaient un bien détenu par la même famille et ils contribuent et payent des taxes, en parfaite légalité. Et d’un coup, soudainement, ils vous disent : partez parce que cette terre ne vous appartient pas !

Voix off

Les éleveurs et les agriculteurs n’en veulent pas seulement au gouvernement, ils accusent aussi les Guarani de nourrir des attaques contre eux. Adao Ribera et sa fille Ilda, sont des petits fermiers de Mato Grosso do Sul.

Ilda Riberafermière du Mato Grosso do Sul

Nous n’étions que tous les deux et les Indiens sont arrivés et nous ont envahis. Ils s’approchaient et d’autres les rejoignaient. C’était tôt le matin.

Voix off

Ilda raconte comment les Indiens ont envahi leur ferme familiale il y a dix ans.

Ilda

Ils avaient des bouts de bois et des armes qu’utilisent les Indiens. Ils nous menaçaient vraiment. Lorsqu’il a fallu prendre nos affaires, on marchait face à leurs armes : des bâtons, des arcs et des flèches.

Voix off

Père et fille ont pris la fuite et ne sont jamais revenus. L’animosité qui oppose les agriculteurs et éleveurs aux Guarani est profonde et agressive. Mais pour James Anaya, l’ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, il y a tout de même des solutions à envisager. Les agriculteurs et fermiers doivent être justement indemnisés à hauteur des terres qu’ils abandonnent mais en contrepartie, ils doivent reconnaître la situation difficile des Guarani.

James Anayaancien rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Je pense qu’il doit y avoir une compréhension plus profonde chez les agriculteurs en général de l’importance de cette terre comme condition de survie. Une survie physique et culturelle des Autochtones dans cette région. Et au final, la société brésilienne dans son ensemble peut bénéficier de la présence et de la survie de cette population autochtone, de ce qu’elle apporte au pays et à la région.

Voix off

Évidemment, chacune des parties affirme vouloir une solution pacifique mais les tensions risquent de perdurer. Et pendant ce temps, dans les villages Guarani du Mato Grosso do Sul, l’espoir s’essouffle trop souvent, laissant la place au désespoir, celui qui a tué le jeune Dedison. Mais pour Tonico Benites, la mort de ce jeune homme ne doit pas condamner l’avenir de son peuple.

Tonico Benites, anthropologue et porte-parole des Guarani

Notre plus grand espoir, c’est de sécuriser un lieu pour que nous puissions rester ensemble en tant que peuple, comme avant, lorsque nous étions heureux, joyeux avec un trésor partagé parce que dans l’histoire des Guarani, personne n’avait jamais souffert de famine, jamais souffert de grande pauvreté, jamais eu à supplier quiconque, même les Hommes blancs. Notre plus grand espoir est qu’ils nous rendent une partie de nos terres, que nous puissions garder notre joie. 

Entre la nostalgie de la liberté passée et un horizon morose, les membres de la tribu des Guarani sont de plus en plus nombreux à se suicider. Leur plus grand espoir est de récupérer leurs terres.

Chaîne d'origine : TV5MONDE

Production : ONU / TV5MONDE

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