Pourquoi y a-t-il encore des famines ?

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Alors, à présent, on va essayer de comprendre les mécanismes à l'œuvre. La pauvreté et le sous-développement sont le terreau dans lequel s'enracine la malnutrition, premier stade dans l'échelle de la faim. En mars 2017, les 37 pays que vous voyez sur cette carte avaient besoin d'une aide alimentaire extérieure. À ce stade plus avancé, on parle d'insécurité alimentaire, c'est-à-dire que les habitants n’ont plus un accès physique ou économique à la nourriture en quantité et en qualité suffisantes. Plus que l'insuffisance de la production alimentaire mondiale, c'est bien cet accès à la nourriture qui fait problème aujourd'hui. Comment l'expliquer ? Eh bien les causes sont multiples, mais on peut en retenir trois essentielles : le dérèglement climatique, notamment la sécheresse et les inondations entraînent des pénuries locales, les prix trop élevés par rapport au pouvoir d'achat des habitants qui rendent les produits inaccessibles et enfin les conflits armés qui désorganisent la production et l'accès au marché. Le facteur climatique, la cherté des produits alimentaires et la guerre se combinent et s’aggravent mutuellement dans toute crise alimentaire d'importance.
Alors comment passe-t-on de la faim à ce qu'on nomme précisément famine ? Voici la situation d'une partie de l'Afrique et du Yémen début 2017. Les couleurs que vous voyez correspondent à ce que les spécialistes appellent Integrated Food Security Phase Classification ou IPC. C'est un outil pour mesurer les degrés de la sécurité alimentaire. En vert : la situation alimentaire et normale, en orange : c'est la crise, la couleur rouge indique l'urgence alimentaire, en marron : c'est la famine, la pire forme de la faim. Les populations ne peuvent plus se nourrir, elles manquent aussi d’eau. La mortalité est très élevée, notamment chez les enfants. Début 2017, 50 millions de personnes environ avaient besoin d'aide alimentaire d'urgence dans une vaste région qui va du nord-est du Nigéria au Yémen. La République Centrafricaine, la Somalie et le Yémen se sont trouvés en état d'urgence alimentaire tandis que la famine proprement dite était déclarée au nord-est du Nigéria dans l'État du Borno et au Soudan du Sud. Alors, comment expliquer cette situation ? D'abord tous ces pays connaissent des conflits armés, souvent depuis de longues années. Selon le rapport mondial sur les crises alimentaires de 2017, les guerres sont en effet un facteur majeur dans neuf des dix pires crises humanitaires de la planète. Au Soudan du Sud, par exemple, la guerre civile dure depuis trois ans et s'est progressivement étendue sur tout le territoire, les paysans abandonnent leur terre et fuient en masse dans les pays voisins. Au nord-est du Nigéria également, les combats entre la secte Boko Haram et l’armée ont fait au moins 20 000 morts civils depuis 2009. On comptait environ 4 millions de personnes déplacées et réfugiées au printemps 2017. Le Yémen enfin, est déchiré par la guerre depuis qu’une coalition menée par l'Arabie Saoudite a lancé en mars 2015 une campagne de bombardements contre les rebelles houthistes. Ces conflits armés désorganisent complètement la production agricole qui fait vivre la très grande majorité des habitants. De plus, l’aide humanitaire ne parvient pas dans les zones les plus reculées, trop dangereuses d’accès. La sécheresse, en anéantissant les récoltes, a encore aggravé la situation pour les paysans. Vous voyez sur la carte les zones où, en 2016, les pluies ont été inférieures de 30 % par rapport à la période 2012-2015. On voit qu’au Soudan du Sud et surtout en Somalie, le manque de pluie se combine avec les combats pour amplifier le désastre. Et cette sécheresse sévit pour la troisième année consécutive dans la région.
Au total 12,8 millions de personnes en Éthiopie, en Somalie, au Kenya et en Ouganda connaissent des niveaux très importants d’insécurité alimentaire. La Somalie est une fois encore l'épicentre de cette crise alimentaire de grande ampleur. Entre 2010 et 2012, la famine causée par la sécheresse et la guerre avait déjà tué plus de 250 000 personnes dont la moitié d'enfants. Mi-2017, l'absence de récoltes et les pertes de bétail ont fait fuir des centaines de milliers de paysans vers les villes et les camps de déplacés. Et dans le sud-ouest du pays, une des zones les plus affectées par le manque d'eau, les attaques du groupe islamiste des Shebab empêchaient l'intervention des humanitaires. Alors l’Afrique a connu des famines historiques qui ont marqué les mémoires, notamment au Sahel entre 1968 et 1972 et en Éthiopie au milieu des années 80. 1 million de morts à chaque fois. Mais on sait moins que depuis les années 1990, selon la FAO, le nombre de crises alimentaires sur le continent africain a doublé et, depuis 25 ans, ces crises plus nombreuses sont aussi plus longues que par le passé. Alors pourquoi ? Eh bien parce que pendant cette période, de nombreux pays africains ont progressivement libéralisé leur secteur agricole. Les prix des matières premières agricoles, désormais fixés sur les marchés mondiaux, sont volatiles et sujets à des phénomènes de spéculation. En 2007-2008, la hausse des prix des céréales a ainsi entraîné des émeutes de la faim sur le continent. Les politiques dites d'ajustement structurel imposées par le fonds monétaire international et la banque mondiale ont également réduit les capacités des États africains à soutenir leur agriculture. On voit sur ce graphique que la part des dépenses agricoles dans le budget a fortement diminué. Elle représentait environ 4 % du budget en moyenne en 2010, très loin de l'objectif de 10 % fixé par les Nations unies dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement. Sans politique agricole forte, l'Afrique dépend des importations pour ses produits alimentaires de base : viande, huile, riz. Le Nigéria était ainsi le premier importateur mondial de riz en 2013. L'ouverture des achats de terre aux étrangers, toujours sous influence des bailleurs de fonds internationaux, a également fragilisé la paysannerie africaine. Dans les pays en vert foncé sur la carte, ces achats fonciers ont dépassé le million d'hectares. En Éthiopie, par exemple, des acheteurs indiens investissent dans d'immenses plantations intensives de roses et, comme partout sur le continent africain, des multinationales se sont lancées dans la production à grande échelle d'agro-carburant au détriment des cultures vivrières. Alors bien sûr, malgré tout, on l’a dit, la faim dans le monde recule globalement depuis 20 ans et jusqu'à peu, on pouvait encore penser que les épisodes de famine diminuaient en intensité et en récurrence et qu'il fallait davantage se pencher sur les situations de sous-alimentation chroniques, sauf que, ces derniers mois, les crises alimentaires au Soudan du Sud, au Yémen et en Somalie notamment ont démontré le contraire, et l’aide alimentaire internationale n'a pu contenir ces nouveaux drames faute de dons et souvent de possibilités d'accès aux territoires concernés.

Comment et pourquoi meurt-on encore de faim de nos jours ? Facteurs économiques, climatiques, et politiques se combinent engendrant ces catastrophes humanitaires. Les guerres jouent notamment un rôle majeur dans le processus qui mène à la famine.

Chaîne d'origine : ARTE

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