Poignées de mains : un geste pour l'histoire ?

Parmi les poignées de mains historiques, quelles étaient les plus sincères, les plus complexes ou les plus hypocrites ?
Contextualiser des poignées de main célèbres et les analyser.
Géopolitis : Poignées de mains : un geste pour l’histoire ?

LE CONTEXTE
 
Bienvenue sur Geopolitis. Il y a un geste que vous et moi effectuons tous les jours. On a même calculé que, en moyenne, au cours d'une vie, un être humain aura pratiqué ce geste, au total, 70 000 fois !
Ce geste, c'est le fait de se serrer la main. Le serrage de louche, comme on dit en argot. Cela dit, quand vous et moi, on se serre la main, c'est banal. Quand c'est Mandela qui serre la main à De Klerk ou quand Arafat serre la main de Rabin, ça, c'est de l'histoire !
 
Depuis des temps immémoriaux, la poignée de main, c'est un geste qui signifie, à priori, la paix ! En témoigne l'expression « montrer patte blanche », qui veut dire qu'on a les mains non-armées. Se serrer la main est donc un symbole : on se rapproche, on se reconnait, on se parle. Mais, attention, il y a poignée de main et poignée de main : tout est dans la gestuelle : il faut que la poignée de main soit ni trop forte ni trop molle, ni trop courte, ni trop longue, ni dominante, ni soumise. Bref, il y a des codes, et c'est particulièrement vrai lorsque ceux qui se serrent la main sont les grands de ce monde : c'est le thème de cette édition de Geopolitis.
 
 
Vous ne le saviez pas, et moi non plus : une poignée de main met en action 27 os, ceux des doigts, ceux de la paume de la main et ceux du poignet, sans oublier 33 muscles et 22 articulations. Heureusement que tout cela se fait tout seul, par automatisme. Sauf chez les êtres humains atteints de haptophobie, cette peur panique de tout contact physique avec quelqu'un d'autre, il parait que 6 % de la population mondiale souffre de ce symptôme. Pour les autres, pas de problème. Cela dit, parfois, ce qui fait pour l'histoire le succès d'une poignée de main, c'est qu'elle est totalement inattendue : c'est le cas de Barack Obama qui, tout d'un coup, lors des obsèques de Nelson Mandela, se dirige tout droit vers Castro, Raul Castro, le frère de Fidel, et lui serre la main. Un geste fort pour ces deux hommes venant de pays qui n'ont plus aucune relation diplomatique officielle depuis 1961. La diplomatie qui nous démontre que de tels gestes sont légion, qu'ils soient l'expression d'une reconnaissance authentique ou la manifestation coincée d'un rapport obligé. Hitler sert la main à Petain, ce n'est pas la même chose que la rencontre Nixon - Mao Zedong. Parfois, on se serre la main entre gens qui ne se sont pas parlé depuis des décennies : c'est le rapprochement par excellence. Exemple, le Soviétique Gorbachev et le Chinois Den Xiaoping, commentaire, en 1989, de l'envoyée spéciale de la TSR à Pékin Joelle Kuntz.
 
EXTRAIT VIDÉO
 
On l'a bien vu : la poignée de main est faite pour être immortalisée, donc elle n'a aucune valeur hors la présence des photographes et cameramen de presse ! Plus précisément, ce qui compte, c'est le nombre de secousses qui agitent les deux mains ainsi accouplées : les Allemands estiment dans leur protocole que 2 à 3 secousses, mais très franches, eh bien, c'est assez. Les Anglais considèrent que le nombre de secousses est proportionnel à l'estime que l'on se porte, donc 5 à 7 secousses, c'est mieux, c'est le parfait « ShakeHands ».

LE REPORTAGE
 
Photos et vidéos du passé
 
C'est la main de la France vaincue serrée par celle de l'Allemagne nazie triomphante. Ce 23 octobre 1940, le maréchal Pétain, face à Hitler, entre dans la voie dite de la « collaboration ». C'est la tristement célèbre poignée de main de Montoire. Hitler qui se sera aussi rapproché du Duce, Mussolini, avec beaucoup de publicité, mais peu de chaleur. Toute autre ambiance, faite d'une amitié très audacieuse, entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. C'est l'accolade du rapprochement, lors du traité de l'Élysée, un rapprochement franco-allemand spectaculairement réaffirmé 20 ans plus tard, à Verdun, entre le président Mitterrand et le chancelier Kohl, main dans la main. Jamais le couple franco-allemand n'aura été aussi publiquement uni. Réconciliation ? Que dire alors de la poignée de main entre un géant de l'histoire, Mao Zedong et un président américain, Richard Nixon, venu en Chine dire qu'il fallait reprendre de bonnes relations ? Même démarche à Genève en 1985 entre Reagan et Gorbachev, résolus, alors que la guerre froide persiste, résolu à ouvrir un nouveau chapitre dans leurs relations. Relations qui ne pouvaient être qu'amicales entre le Cubain Castro et le Soviétique Krouchtchev, on se donne l'accolade, c'était, bien sûr, avant la crise de Cuba.
 
 
Les plus simples
 
Une poignée de main made in Switzerland : c'est à Davos, le 30 janvier 1994, que Yasser Arafat tend la main à Shimon Peres. C'est un geste franc, la paix est encore possible. La paix, elle est déjà effective entre l'Égypte et Israël, c'est pourquoi nul n'est surpris de voir Ariel Sharon se comporter ainsi avec le président égyptien Hosni Moubarak. On est en 2005, au sommet de Sharm el-Sheik. Depuis le voyage du président Sadate à Jérusalem, entre ex-ennemis, la poignée de main est devenue une grande banalité. Retour à Davos, au Forum économique mondial pour assister, en cette année 1992, à la poignée de main historique entre Nelson Mandela et Frederik De Klerk. Historique, mais pas très chaleureuse, contrairement au souvenir que l'on croit en avoir gardé. C'est une toute petite poignée de main, très courte, très obligée. Peu importe, la réconciliation est franche, elle sera porteuse de vérité, de justice, et de paix.
 
 
Les plus complexes
 
Elle n'était pas évidente, cette poignée de main là. Aux accords de Dayton, les 3 grands noms de la guerre en ex-Yougoslavie se côtoient sans se voir et sans même se parler. Il faudra l'intervention énergique du secrétaire d'État américain pour que, enfin, les présidents Milosevic, Izetbegovic et Tudjman se lèvent et consentent à se serrer la main. Tout autre chose, en voilà un qui en rajoute dans la gestuelle : le turc Erdogan face au kurde Barzani : entre eux, des milliers de morts, des décennies d'affrontement. Mais l'heure est à la politique constructive : alors, d'abord, une petite embrassade, qui se prolonge, puis un serrage de main fort, massif, prolongé, avec, merci la caméra, un gros plan bien léché, et, pour couronner le tout, le bras de l'un, Erdogan, qui empêche la main de l'autre, Barzani, de prendre la fuite. Et si on terminait par une poignée de main à 3, ce qui, d'après un savant calcul, nous fait un total de 6 mains : c'est à la Maison Blanche, en 1979 :  Jimmy Carter réunit les deux nouveaux amis, Menahem Begin et Anouar el-Sadate ; voilà ce que cela donne, un empilement de mains droites et gauches. Avec, en prime, un réel espoir de paix qui se voit, lui, dans les yeux de ceux qui se serrent la main.

L’EDITO
 
 
C'est devenu une habitude. Chaque fois qu'on se rapproche, dans le temps, du lancement des Jeux olympiques, un mot d'ordre circule : le boycott. « Il faut boycotter les Jeux », ordonnent ceux qui, à tort ou à raison, là n'est pas le problème, estiment que le pays hôte n'est pas digne de recevoir une telle épreuve olympique. Sotchi n'échappe pas à la règle, en raison, entre autres, des prises de position de Vladimir Poutine sur une législation clairement anti-homosexuelle. Plus que les Jeux d'hiver, ce sont généralement les Jeux olympiques d'été qui sont la cible des boycotteurs. On se souvient de Moscou, en 1980. Et, plus récemment, on garde en tête les nombreuses manifestations appelant au boycott des Jeux olympiques de Pékin en 2008. « Il faut boycotter les Jeux », lancent ceux qui, en fait, devraient affirmer, ce serait plus correct, « il faut punir le pays qui accueille les Jeux ». La nuance est importante. Car les Jeux, eux, que l'on sache, ne sont pas responsables des faits et gestes des pays hôtes. Quant aux athlètes, la question se pose de savoir pourquoi donc on devrait, en boycottant les jeux, les priver d'une compétition sportive à laquelle ils ont droit et pour laquelle ils se sont entrainés pendant des années. Un boycott des jeux n'est donc pas seulement injustifié, il est injuste.
 
Et sur la page Web de Geopolitis, préparée par David Nicole, vous pouvez réagir à cette émission et la commenter. À votre disposition, tout un ensemble d'extraits vidéo, de sites internet, d'infographies et d'archives. Comme toujours, la possibilité de podcaster cette émission de la RTS, et vous êtes toujours les bienvenus sur Geopolitis.

Dans le monde politique, une poignée de main - ou son absence - n'est jamais sans conséquences. Certaines poignées de main ont changé la destinée de Nations entières. Nelson Mandela et Frederik de Klerk, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev ou Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, autant de poignées de main historiques qui, comme bien d'autres, témoignent d'une réalité politique.

Chaîne d'origine : RTS

Présentation : Xavier Colin

Production : RTS et TV5MONDE

Publié le - Modifié le

Liens :


Ressources pédagogiques

B1

B1 intermédiaire Voir les fiches

  • Lire
  • Parler
  • Regarder
  • Vocabulaire : diplomatie
  • Vocabulaire : histoire
  • Écouter

Contenus complémentaires

Média

Fiches pédagogiques réalisées par : Sylvie Jean (rédactrice pour le site www.e-media.ch, CIIP, Suisse)