Paparazzi : journalisme ou voyeurisme ?

Quel est le rôle des paparazzi dans le paysage médiatique ? Quel avenir pour ces photographes si mal-aimés ?
Analyser et discuter d’une profession médiatique en pleine mutation.

LE CONTEXTE
 
Bienvenue sur Geopolitis.
Ca vous a plu ou déplu, mais, en tout cas, les photos de François Hollande en train de sortir de chez sa petite amie, vous vous rappelez, le scooter, la rue du Cirque près de l'Élysée, vous les avez regardées, ces photos ! Et le premier cliché de Nicolas Sarkozy avec Carla Bruni, ça n'est pas passé inaperçu ! Que dire des photos, c'est plus ancien, où l'on voyait la princesse Diana avec son amant Dodi al Fayed. Vous voyez, toutes ces photos, vous les avez, quelque part, en tête. D'accord, c'étaient, pour beaucoup, des photos volées, mais pas des photos truquées, nuance !
 
Et derrière ces appareils photo souvent munis d'énormes téléobjectifs, il y a, vous l'avez compris, des paparazzis ! Leur métier, leur idéal, leur raison d'être, et aussi, leur gagne-pain : décrocher la photo que les autres n'auront pas, ou n'auront jamais ; avoir le scoop de l'année, la photo qui sera publiée, en exclusivité, dans le monde entier. Car, et c'est aussi ce qui intéresse cette édition de Geopolitis, ce produit-là, la photo qui marque, c'est quelque chose qui va se vendre partout sur la planète et en cela, nos paparazzis font eux aussi de la géopolitique.
 
Il y a une photo qui a été prise, figurez vous, en 1898, très exactement le 31 juillet 1898. Une photo scandaleuse, historique, incroyable, prise par deux photographes que l'on n'appelait pas encore des paparazzis : il s'agit du cliché représentant le chancelier Bismarck sur son lit de mort. Après avoir soudoyé une employée de maison, les deux hommes avaient pris cette photo du mort. La famille avait poursuivi les photographes en justice. En somme, ce monde très particulier de la photo inédite, scandaleuse ou pas et bien ça ne date pas d'hier, et, si publication il y a, c'est qu'il y a des journaux ou des médias pour les diffuser, et si elle existe cette presse-là, c'est qu'il y a des lecteurs, des téléspectateurs ou des internautes pour les  regarder. Simpliste, comme raisonnement ? Oui, mais vrai. Vous voulez une preuve : la photo de Mitterrand sur son lit de mort, cela a fait, pour Paris Match, 1 million 400 000 exemplaires, record pulvérisé. Mais, au fait, qu'est-ce que ça veut dire, paparazzi, d'où vient ce nom ou ce surnom ? Et bien, on va vous le dire dans un instant, le temps de visionner un extrait du fameux film de Fellini, La Dolce Vita.
 
EXTRAIT VIDEO LA DOLCE VITA
 
Explication : paparazzi, c'est une contraction de deux mots, « pappataci », en italien, ce sont ces petits moustiques particulièrement accrocheurs, bien connus de Fellini dans la plaine du Pô d'où il est originaire, et de « razzi ». « Razzi » ce sont les éclairs des flashs des appareils photo. Voilà donc pour l'appellation paparazzi. Il y d'autres explications, mais disons que c'est celle de Fellini qui tient le mieux la route. Voilà donc pour le passé. Le présent, c'est le développement de la presse people, débouché naturel, mais pas seulement, pour ces photographes de presse particuliers. L'avenir et bien on ne sait pas trop. Car les agences de presse traditionnelles, on va le voir, connaissent désormais des heures très sombres.


LE REPORTAGE
 
Les photos que vous avez forcément vues
 
On le sait, ce qui marche le mieux, ce sont les couples : Nicolas et Carla,   avant, c'était Nicolas et Cécilia, et puis il y a eu Cécilia et Richard, d'où la colère de Nicolas, après quoi, on a eu un rappel. Un rappel de François et Ségolène, puis François et Valérie, et, enfin, François et Julie. Un autre François, président lui aussi, avait été pris en photo avec sa fille,  Mazarine. Beaucoup plus souriants, il y a les Grimaldi, et les Windsor, les deux familles qui auront fait la fortune et des photographes et de la presse people : Caroline, Stéphanie, Albert, côté Méditerranée, et côté Manches, Charles, Diana, Camilla, William, Kate, Harry et, c'est la toute dernière cible, la petite amie de Harry, Cressida.   
 
Excès et condamnations
 
Ah, l'affaire Diana. La mort de la princesse dans ce tristement célèbre tunnel routier de la place de l'Alma, à Paris. Un événement suivi par le monde entier; et, au tout début en tout cas, une mise en accusation générale des paparazzis, jugés responsables de l'accident pour avoir poursuivi la Mercedes dans laquelle se trouvait l'ex-épouse du Prince Charles. La justice, par la suite, a fait la part des choses. Il n'empêche, les photographes ont été insultés, détestés, haïs par une bonne partie de la population, au sein de laquelle tous ceux et toutes celles qui avaient sans état d’âme dévoré la presse people pour tout voir, tout savoir, de  Diana, de son mariage, en mondiovision, à sa mort, tout aussi médiatisée. Dans un autre monde, celui du cinéma, il y a un curieux rapport attraction-répulsion entre acteurs et paparazzis. Les uns ont souvent besoin des autres, et inversement. En tout cas, Georges Clooney, lui, ne les aime pas, les paparazzis, il  ne cesse de dénoncer le rôle néfaste qui, selon lui, les caractérise. Ils sont donc nombreux, les photographes, soit à le huer lorsqu'il passe devant eux, soit  à « planquer » par exemple, devant sa belle villa au bord du lac de Côme.
 
La mort des grandes agences
 
2010 aura été une année noire pour les grandes agences de photo-journalisme. Il faut savoir que Paris était, dès les années 60, la capitale de la photo de presse, avec, la création d'agences mondialement connues, comme Sygma, Gamma, ou Sipa. Les photographes français étaient considérés comme les meilleurs, on les voyait partout dans le monde, aussi bien dans les coulisses du Festival de Cannes que sur les champs de bataille du Proche Orient. Ce temps-là est révolu. Les trois grandes agences n'existent plus, en tout cas plus dans leur forme originale. Indépendamment des questions de stricte rentabilité commerciale, ces agences ont été mises à mal par le développement d'Internet. Puis elles ont été confrontées, violemment, à la concurrence des agences de presse. Enfin, la crise de la presse,dès la fin de l'année 2008, les a condamnées. Le coup médiatique de certains paparazzis ne peut faire oublier l'état de délabrement de l'ensemble de cette profession de photojournalisme


L’EDITO
 
 
Ça fait vendre, et ça fait du bien à la presse people qui en a bien besoin. Regardez Closer, le fameux magazine par lequel nous avons appris la liaison de François Hollande avec l'actrice Julie Gayet : le numéro 448 est devenu un collector : il s'est vendu à 600 000 exemplaires, soit le double de son tirage habituel. La recette du succès : un nouveau concept, qui tient du people, les gens, mais pas n'importe quels gens, pas des gens banals, non, des gens « de la haute », comme on dit, et si possible de la haute politique, bref, on est dans l'idée de « pipolitique », contraction de people et politique.
Et c'est ce qui marche, et qui se vend, puisque les amours des petites starlettes, ça n'intéresse plus grand monde. Mais le « pipolitique », c'est nouveau, ça rebranche les lecteurs sur les réalités quotidiennes des politiques, et, même, ça réveille les rédactions des médias, disons, plus classiques, plus traditionnels, qui, eux aussi, font de cette « pipolitique » leur beurre. Car l'affaire dévoilée par Closer a profité à toute la presse, même celle qui ne fait pas d'habitude dans le People. Alors, la suite, c'est quoi, eh bien, c'est la course à celui qui offrira, moyennant une belle rétribution, une photo de François Hollande et de Julie Gayet ou de quelqu’un d’autre, en amoureux. Cette photo-là, tout le monde la regardera !
 
Et sur la page Web de Geopolitis, préparée par David Nicole, vos commentaires sur cette question des paparazzis ; à votre disposition toute une série de séquences vidéo, de sites internet, d'infographie, de photographies, et d'archives. Geopolitis en podcast, bien sûr, et vous êtes toujours les bienvenus sur Géopolitis.

Embusqués et toujours à l'affût, les paparazzi traquent -parfois harcèlent- les personnalités les plus en vue, en quête de La photo qui fera le tour du monde. C'est que les médias et un large public sont friands de ces images souvent volées mais parfois consenties et qui peuvent, dans certaines occasions, se négocier à très bon prix.

Chaîne d'origine : RTS

Présentation : Xavier Colin

Production : RTS et TV5MONDE

Publié le - Modifié le

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Fiches pédagogiques réalisées par : Sylvie Jean (rédactrice pour le site www.e-media.ch, CIIP, Suisse)