Mais où est donc la place des femmes ?

La place des femmes est-elle à la cuisine, dans la rue ou là où elles le décident ?

Imane Ait Oumeziane, polytechnicienne, sportive de l’extrême

On a besoin d’être dans l’espace public. Notre place est partout où on a envie qu’elle soit. On décide de là où on veut se mettre et se mouvoir.
Redha
Bonjour ! C’est Redha, d’Alger. Osons la question qui fâche : est-ce que la place de l’Algérienne se trouve dans une cuisine ?
[Générique de l’émission]
Redha 
Il est bizarre de poser ce genre de question en 2018. Mais l’agression d’une joggeuse, Ryma, il y a quelques mois pendant le Ramadan a relancé le débat sur la place de la femme algérienne dans l’espace public. L’agresseur criait en la bastonnant : « Ta place est en cuisine. » Parce que courir en Algérie, faire du sport, marcher dans la rue, quand on est une femme, n’est pas un acte anodin. C’est une initiative courageuse et militante, et on est nombreux à vouloir encourager ça.
Voix off (Redha)
Alger, ville d’hommes pour les hommes. Mais est-ce un mythe ou une réalité ? Sarah, rencontrée par hasard pendant qu’on tournait, penche plutôt pour la seconde option.
Sarah, étudiante
Avant que vous m’abordiez, y avait un homme, un mec, qui me harcelait. Je lui ai dit : « Vous n’avez pas le droit, monsieur, de me parler. » Eh ben, il m’a dit : « On est en Algérie, c’est mon droit. » Pour être une femme en Algérie, faut faire beaucoup d’efforts, faut se défendre, tout est une sorte de résistance. 
Voix off 
Ryma la joggeuse a publié, quelques jours après son agression, une vidéo sur les réseaux sociaux où elle raconte en pleurs son cauchemar. Son témoignage vidéo a ému des milliers de personnes sur les Internet.
Ryma
[En arabe] Je veux juste savoir si c’est interdit qu’une femme fasse du sport une heure avant la reprise du jeûne ou pas ? Je viens de sortir faire mon footing comme d’habitude, et un homme m’a frappée en criant : « Ta place est dans la cuisine ! » Ce qui me dérange le plus, c’est que quand je suis allée me plaindre chez les gendarmes, je leur ai dit : « Il portait ça, il m’a frappée. », ils m’ont répondu : « Et toi, pourquoi es-tu sortie à cette heure-ci ? ».
Voix off 
Rapidement, un appel à un footing républicain est lancé sur les réseaux sociaux. Une centaine de femmes en jogging et hijab et quelques hommes y répondent en se plaçant sous la grande roue de la promenade des Sablettes. Ils sont là pour soutenir la joggeuse mais aussi, et surtout, parce que cette agression reflète deux choses : l’hostilité dramatique de certains hommes à la présence des femmes dans l’espace public et la normalisation de la violence envers ces dernières.
Femme, manifestante 
[En arabe] Nous ne sommes pas d’accord ! Il l’a frappée, agressée. Et quand elle est allée se plaindre à la gendarmerie, ils lui ont dit : « Pourquoi tu étais dehors ? Tu devrais être en cuisine ! ».
Imane Ait Oumeziane 
J’avais envie de montrer, avec toutes les personnes qui étaient là aujourd’hui, vraiment, une splendide mobilisation, qu’on a besoin d’être dans l’espace public, de prendre notre place, de faire ce dont on a envie de faire, qu’on soit une femme voilée, une femme non-voilée… Les mœurs ont changé par rapport aux femmes. On est un peu moins tolérants. Justement, d’où le message où notre place est partout où on a envie qu’elle soit. Si on veut qu’elle soit au niveau de la cuisine, soit. Si on veut qu’elle soit dans une entreprise, dans l’espace public, à l’extérieur… On décide de là où on veut se mettre et se mouvoir.
Voix off
Wassila Mouzai est commissaire aux comptes. Elle se souvient avec tristesse de l’Algérie des années 80 où la femme algérienne pouvait vivre sa vie sans soucis. Après l’indépendance, l’Algérie a connu un socialisme progressiste qui a érigé la liberté de la femme en valeur. Puis, on a eu droit à dix ans de terrorisme qui ont fait reculer de nombreuses libertés, particulièrement pour les femmes.
Wassila Mouzai, commissaire aux comptes
C’est clair que notre quotidien dans la rue est devenu difficile. Après toutes ces petites agressions, vous développez une aversion, vous voulez plus sortir, etc., etc. Il faudrait pas prendre ça comme étant un problème de femmes. C’est un problème de société, chacun doit respecter la liberté de se mouvoir de chacun.
Redha
Voilà, l’espace d’une journée les Algériennes ont dit stop, halte à la misogynie, au machisme et à la Hogra, c’est un terme typiquement algérien, qu'on pourrait traduire par l’injustice ou l’arbitraire. Le problème, c’est quand on voit les commentaires haineux que cette action a suscités sur Internet, on se dit quand même que le combat pour l’émancipation de la femme algérienne n’est pas une course de 100 mètres, c’est plutôt un marathon. Rendez-vous sur le site des Haut-Parleurs et d’ici là, [en arabe], nettoie ton cerveau !
 

En Algérie, on s’interroge. Après plusieurs décennies d’émancipation, la société est beaucoup moins tolérante à l’égard des femmes. Heureusement, elles réagissent.

Chaîne d'origine : TV5MONDE

Publié le - Modifié le


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