Le vin : quand toute la planète trinque

Changements climatiques, nouveaux pays producteurs : va-t-on vers une mutation profonde du paysage viticole ?

Voix off

Les principales régions viticoles du monde se trouvent dans les deux zones que vous voyez : entre 30 et 45 degrés de latitude Sud et entre 30 et 50 degrés de latitude Nord. Températures moyennes entre 10 et 20 degrés. Peu de gel en hiver, étés chauds et secs. Les raisons mûrissent et se gorgent de sucre et d’arômes sous ces climats. Vous voyez ici les grands pays viticoles en rouge : ils se situent dans ces zones de prédilection. Sauf qu’avec le réchauffement climatique aujourd’hui, la vigne s’étend vers des zones plus froides en direction des pôles. Alors, jusqu’où ? Selon le scénario le plus pessimiste, la vigne se déplacerait de 1000 km dans l’hémisphère nord et de 500 km au sud, bouleversant un secteur économique qui pèse plus de 100 milliards de dollars annuels au niveau mondial.
Alors, à présent, on va regarder les grands flux de ventes de vin en 2016. Sur cette projection de notre globe terrestre, on voit qu’ils vont de l’Europe, premier exportateur en volume et en valeur, avec les trois leaders mondiaux que sont la France, l’Italie et l’Espagne vers l’Amérique du Nord et l’Asie principalement ; mais aussi du Chili, numéro quatre à l’export, et d’Australie, le numéro cinq, vers l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord. L’Afrique du Sud, sixième, et les États-Unis, septième, avec les vins californiens, vendent également beaucoup à l’export. Entre 2000 et 2016, la valeur de ces exportations a augmenté de 150 % passant de 12 à 29 milliards de dollars. Et pourtant, pendant cette période, la production de vin a stagné : elle atteint seulement 267 millions d’hectolitres en 2016. Cela veut dire, qu’au niveau mondial, on consomme moins qu’avant, mais on vend plus, et plus cher.
En 20 ans, en effet, la consommation de vin dans le monde a profondément changé. En vert, vous voyez les pays où elle a baissé. Les Français, par exemple, boivent de moins en moins de vin quotidiennement : la consommation individuelle est ainsi passée de 100 litres par habitant et par an en 1975 à 42 litres en 2016. Mais, les amateurs de vin exigent aujourd’hui beaucoup plus de qualité. Dans les pays en jaune, la consommation a, au contraire, augmenté, et plus encore dans ceux que vous voyez en orange, notamment en Chine. Avec l’arrivée de la classe moyenne urbanisée, les Chinois se sont mis à boire du vin, celui-ci est devenu synonyme d’aisance et de goût. Dans les pays émergents aussi, le vin est d’abord un marqueur social.
Émilie Aubry
Alors, aujourd’hui, deux modèles s’opposent et se concurrencent durement : le Vieux Monde défend ses vins de terroir – le terroir c’est le morceau de terrain, l’endroit spécifique, unique sur lequel pousse la vigne, par exemple le vin de Champagne qui ne peut pas se concevoir ailleurs que dans la région Champagne – tandis que le Nouveau Monde est adepte des vins de cépage – le cépage, c’est-à-dire une variété de vigne, par exemple le Cabernet-Sauvignon, exemple type du vin de cépage, c’est-à-dire non lié à un territoire et donc déplaçable à l’infini, si tant est que le climat soit propice. Ainsi, nous allons voir qu’il existe aujourd’hui des vignes de Cabernet-Sauvignon en Asie et pour bien comprendre tout cela, nous allons prendre deux exemples.
Voix off
Nous allons commencer par la France, emblématique du modèle européen, c’est-à-dire celui des vins de terroir. La grande variété des climats et des sols français, assez uniques dans le monde, donne à chaque vin ses caractéristiques spécifiques. La craie que l’on trouve dans les sols en Champagne et dans le Val de Loire donne ainsi de la finesse au vin et permet d’exprimer le fruité des raisins. Alors que les Graves ou Galets de Bordeaux donnent des fruits riches en sucre. La France a développé une politique d’Appellation d’origine contrôlée, les fameuses AOC, devenues AOP, que vous voyez ici apparaître en rouge. En outre, le prestige de ces grands crus et le marketing assoient sa réputation et lui permettent d’être le premier exportateur de vin dans le monde en valeur.
Et à présent, nous allons partir pour l’Australie. Là-bas, la vigne s’étend principalement dans les trois États du sud du pays : Australie méridionale, Nouvelles-Galles du Sud et Victoria dans les vallées que vous voyez sur la carte. La superficie du vignoble australien a doublé en 20 ans. Le pays est devenu l’un des principaux acteurs des vins de cépage du Nouveau Monde avec le Chili, la Californie et l’Afrique du Sud. Il produit des vins au goût standardisé pour satisfaire une clientèle mondiale. Le plus répandu est le Syrah ou Shiraz. Mais le recours massif à l’irrigation, lié aux récentes sécheresses, entraîne la pollution et la salinisation des eaux et l’abaissement du niveau des nappes phréatiques. L’État australien soutient ce secteur stratégique de son économie, notamment avec des aides fiscales. Alors que 60 % de la récolte est exportée, il dénonce les AOP françaises comme une atteinte à la libre concurrence. Comme tous les grands pays producteurs, Français et Australiens se livrent une guerre commerciale sans merci pour le dernier arrivé sur la scène viticole : la Chine.
Le pays a aujourd’hui le deuxième vignoble au monde, principalement situé dans les régions du nord-ouest et du nord-est. De qualité encore médiocre, les vins chinois s’améliorent pourtant progressivement. Et le marketing, comme partout, fait des merveilles. Sur le contrefort de l’Himalaya, le groupe LVMH [1]produit un Cabernet-Sauvignon, le Ao Yun, ou « voler au-dessus des nuages » en mandarin, à 300 euros la bouteille. Vous voyez ici les quatre villages en altitude où ce vin est produit. 
L’engouement chinois profite aux producteurs du monde entier et recentre, vous le voyez, la géographie du vin sur l’Asie. Regardez les importations chinoises de vin en 2016 : les grands producteurs, la France, le Chili, l’Australie, l’Espagne, l’Italie, l’Afrique du Sud et les États-Unis y ont trouvé de nouveaux débouchés, tout comme de petites mais anciennes nations vinicoles, la Géorgie et la Moldavie notamment. Les investisseurs chinois ne sont pas en reste. Pour limiter ces importations, ils achètent des vignes à l’étranger, par exemple une trentaine de propriétés dans le Bordelais, dont plusieurs grands crus de Saint-Émilion.
Émilie Aubry
En résumé, on boira bientôt du Saint-Émilion produit dans une propriété chinoise ou du Cabernet-Sauvignon venu d’Himalaya. Vous l’aurez compris, aujourd’hui, toutes les cartes du jeu viticole sont rebattues, tous les continents produisent du vin, il y a de nouveaux consommateurs, notamment en Asie. Enfin, le réchauffement climatique change aussi la donne. Qui aurait dit par exemple qu’un jour la Grande-Bretagne deviendrait une région viticole ? Eh bien, avec la hausse généralisée des températures, le sud-est de l’Angleterre affiche désormais des conditions climatiques similaires à la région Champagne il y a 30 ans. Vous trinquerez donc bientôt avec un petit verre de Côtes de Tamise et rangerez dans vos caves des bouteilles du Sussex.
[1] Le groupe français LVMH (Louis Vuitton-Moët-Hennessy) est le premier groupe mondial de l’industrie de luxe. 
 

Que se passe-t-il sur la planète Vin ? La production mondiale fluctue au rythme des aléas climatiques et se diversifie. La consommation baisse en quantité mais gagne en qualité. Et de nouveaux acteurs concurrencent les producteurs du Vieux monde. À quand un Cabernet-Sauvignon venu d’Himalaya ?

Chaîne d'origine : ARTE

Publié le - Modifié le


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