Le nucléaire, entretien avec Michèle Rivasi

Le nucléaire, une énergie sûre ? Mon œil !
Utiliser des gestes pour illustrer ou renforcer ses propos.

Paul Germain :
Michèle Rivasi, bonjour. Vous êtes députée européenne, membre du groupe des Verts, ancienne directrice de Greenpeace France et spécialiste de l'atome. Alors, au bar de l'Europe, je vous ai servi une soupe japonaise parce que les dirigeants de la centrale de Fukushima, en termes de communication, c'est également de la soupe qu'ils nous ont servi. On ne sait plus très bien quoi penser, est-ce qu'il faut avoir peur ou pas, et qui doit avoir peur ? Les Japonais uniquement ou les Européens aussi ?
 
Michèle Rivasi
Alors, vous avez tout à fait raison, il y a eu une omertà sur l'information concernant le Japon. On n’avait toujours pas la concentration, si vous voulez, de toutes les particules radioactives qui émanaient de ces réacteurs. On ne savait pas justement quelles étaient les particules parce que, suivant la quantité d'iode ou de césium ou de strontium donc, on n'a pas tout à fait les mêmes axes. Au début, ils ont dit « faut évacuer à vingt kilomètres » et puis les Américains ont dit « non, quatre-vingts ». Ils ont dit « non, pas quatre-vingts » puis maintenant ils disent quatre-vingts vu la quantité d'iode. Donc ça veut dire quand même qu'il y a un déficit d'information, mais je dirais pas seulement qu'au niveau du Japon, parce que quand le nuage a commencé à traverser les États-Unis et le Canada, on n'a pas eu plus d'informations et pourtant les Américains l'avaient. C'est quand il est arrivé jusqu'en France, où il y a eu des informations par la CRIIRAD et puis par aussi l'IRSM. Donc, c'est quand même assez curieux que, dans le domaine du nucléaire, chaque fois qu'on veut des informations précises, on ne les a pas pour pouvoir prendre des contre-mesures. Et puis regardez, on nous a toujours présenté le nucléaire comme hyper propre, hyper maîtrisé, et cetera, et on voit à l'heure actuelle, ça fait plus de deux semaines, que ils sont pas capables de maîtriser, qu'on fait du bricolage et que on a maintenant des quantités d'iode radioactif énormes, au niveau à la fois des réacteurs puisque même les... les gens ne peuvent même pas y pénétrer tellement c'est...
 
Paul Germain
Mais en Europe par exemple, il faut avoir peur ?
 
Michèle Rivasi
Mais en Europe, je dirais, il faut une responsabilité partagée sur le risque d'accident nucléaire. Parce que, le nucléaire c'est pas comme n'importe quelle industrie. Vous voyez quand y a un accident, ça touche d'abord toute la santé de la population qui vit autour et au-delà, parce qu'un nuage radioactif n'a pas de frontières et que, en même temps, est-ce que les gens sont au courant des risques ? Vous voyez...
 
Paul Germain 
Mais alors précisément, en Europe, on a décidé de vérifier la sécurité de toutes les centrales, sur le territoire des vingt-sept. Vous vous attendez à des surprises ? 
 
Michèle Rivasi
Alors d'abord ce que j'aimerais, c'est que ce soit un comité d'experts bien indépendant qui élabore tous ces critères. Et ce qui a été très surprenant, c'est que quand il y a eu ce Conseil des ministres européens, la France et l'Angleterre a refusé que des experts extérieurs puissent contrôler les centrales nucléaires françaises. Et le discours c'est « nous, les Français, on est meilleurs que les autres », mais c'est quoi ? C'est du blabla ? Je voudrais vous dire quelque chose de très important, c'est que, aujourd'hui, a lieu un… vous savez le procès de Monsieur Pellerin, qui avait menti aux Français pendant l'accident de Tchernobyl, et bien il demande un non-lieu qui risque d'être accepté par le parquet. C'est-à-dire que vingt-cinq ans après, il y a une impunité au niveau des gens qui nous avaient menti au moment de Tchernobyl. Donc quelle confiance vous croyez qu'on peut leur accorder ?
 
 
 
 
Paul Germain
Je vous interromps, hein, Michèle Rivasi parce que vous le voyez, il y a des petits parasites qui apparaissent ici et derrière ces parasites quelqu'un qui vous appelle de chez lui, via Skype, et qui a envie de vous poser une question.
 
Michèle Rivasi
Très bien.
 
Paul Germain
On... On l'écoute.
 
Stéphane Lhomme :
Michèle, bonjour, c'est Stéphane Lhomme, président de l'Observatoire du nucléaire. La catastrophe nucléaire en cours à Fukushima pose la question du nucléaire français bien entendu. Heu... pas mal de gens proposent un référendum. Moi j'trouve que ce n'est pas forcément une bonne idée. D'abord parce que, en pleine catastrophe, on doit pouvoir se battre pour des décisions immédiates. L'Allemagne a fermé sept réacteurs d'un coup, donc c'est ça qu'il faut obtenir en France, heu sans compter que la campagne officielle serait attribuée en fonction de la loi aux partis dominants qui sont tous pro-nucléaires et donc finalement il est très très... il y a très peu de chances pour qu'on gagne un tel référendum. Donc moi je pense qu'il vaut mieux se focaliser sur des revendications et imposer des fermetures de réacteurs, comme en Allemagne.
 
Paul Germain
Réponse ?  
 
Michèle Rivasi
Alors, un, je comprends tout à fait heu... ces bémols. Heu... un, je pense qu'il faut arriver de suite à fermer les plus vieilles centrales en France. Et, Stéphane a raison là-dessus, il faut fermer Fessenheim, il faut fermer le Bugey, parce que c'est les plus vieilles centrales et donc, en plus elles sont sur des failles…
 
Paul Germain
Même les Suisses ont demandé la fermeture de... de Fessenheim hein.
 
Michèle Rivasi
Mais je comprends tout à fait. C'est une très vieille centrale qui a double risque, les risques donc de séismes et les risques de la digue en cas de séisme qui peut entraîner une vague pour, bon. Mais, pourquoi nous, moi je suis assez favorable au référendum ? Pourquoi ? Parce que je voudrais qu'il y ait des débats experts contre experts sur les scénarios de sortir du nucléaire. Et un accident comme Tchernobyl ou comme Fukushima, moi je voudrais que la responsabilité soit partagée, parce qu'à l'heure actuelle, c'est une élite qui a été nourrie aux mamelles du nucléaire qui décide pour l'ensemble. Et le jour où vous… avez un accident, c'est vous, moi, nos enfants, qui peuvent être complètement irradiés ou contaminés par un nuage radioactif qui s'échappe de la centrale. Donc, moi je voudrais qu'il y ait un débat serein et que les gens sachent bien la responsabilité qu'ils vont avoir aujourd'hui parce que tout le monde veut l'électricité, mais il faut leur expliquer qu'on peut faire de l'électricité en dehors du nucléaire et que si jamais...
 
Paul Germain
C'est quoi les alternatives heu... selon vous heu...
 
Michèle Rivasi
Ben, y a...
 
Paul Germain
Ce sont les alternatives éoliennes heu...
 
 
Michèle Rivasi
C'est une diversité d'énergies renouvelables. Si on met tout l'argent dans le nucléaire on ne le met pas ailleurs. Mais on ne va pas sortir du jour au lendemain. Il faudra entre vingt-cinq ans et trente ans, mais c'est possible. Les Allemands ont une stratégie de sortir du nucléaire, vous avez l'Autriche qui vit très bien, sans nucléaire. Et vous avez d'autres pays, l'Italie aussi... Donc, il faut le faire en scénario de sortie progressive, il faut le faire sous la responsabilité parce que ça remet aussi en question notre consommation. On peut pas toujours vouloir brancher, avoir des appareils qui consomment énormément d'électricité, et en même temps se dire, bon il faut... il faut limiter aussi les ressources fossiles. Donc, c'est, vous voyez, un scénario d'ensemble.
 
Paul Germain
Alors, question d'un internaute, sur un tout autre sujet. Marc Drupelle de Luxembourg. « Madame Rivasi a réclamé l'interdiction du vaccin contre la grippe pour tous les enfants en Europe. En revanche, cela ne la dérange pas que des malades croient guérir en consommant des plantes. Il y a peut-être un lobby pharmaceutique. Il y a aussi un lobby de la crédulité. »
 
Michèle Rivasi
Alors
 
Paul Germain
ha ha.
 
Michèle Rivasi
Il y a double question là. Ce que je voudrais dire à ce... à ce monsieur c'est que je me suis beaucoup... heu... J'ai beaucoup interpelé les services sur les effets secondaires concernant les vaccins et je vais lui dire quelque chose, en ce moment je me bagarre sur heu un vaccin qui s'appelle le Pandemrix, qu'on donne au niveau des enfants...
 
Paul Germain
C'est contre la grippe hein ?
 
Michèle Rivasi
C'est contre la grippe. C'est contre la grippe, qui a été donné actuellement. Et il y a deux pays dont la Finlande, et la Suède, qui ont observé que les enfants avaient des... des narcolepsies, qui est une maladie très pénalisante d'un point de vue tonus musculaire et d'un point de vue... vous voyez, il s'endort toute la journée, et cetera. C'est une maladie neurologique. Eh bien, deux autorités nationales interdisent ce médicament. Je suis allée voir le commissaire Dalli, qui est le commissaire de la santé, en lui disant « suspendez ce médicament, je vous en prie monsieur le commissaire parce qu'il y a une responsabilité vis-à-vis de la santé ». Et, il me répond, « on... c'est vrai qu'il y a une relation, mais on continue à faire des études, mais pour l'instant on le suspend pas ». Alors, c'est vrai que je me bagarre pour la santé des gens parce que maintenant on a suffisamment de preuves.
 
Paul Germain
Et alors, très rapidement, les plantes médicinales, vous y croyez, vous ?
 
Michèle Rivasi
Alors, moi je suis... Alors justement, je suis intervenue là-dessus, parce que les plantes médicinales elles doivent être contrôlées comme les autres. Donc moi je suis pour un contrôle. Mais je suis aussi pour qu'on revoie à la fois l'argent que les petites entreprises, vous voyez, qui font des remèdes heu... sont souvent pénalisées par l'argent qui leur est demandé pour l'enregistrement et le protocole qui est assez bureaucratique. Mais je suis absolument pas crédule comme il le dit. Je suis pour un contrôle, mais aussi pour une flexibilité, vous voyez, en fonction des entreprises pour utiliser, pour l'utilisation des plantes médicinales.
 
Paul Germain
Merci Michèle Rivasi d'être venue au bar de l'Europe et à la soupe ! Y a des petites algues, ça doit être bon.
 
Michèle Rivasi
Oui, mais je... je voudrais pas que ça soit des éléments qui viennent du Japon, quand même, parce que...

Les risques du nucléaire, de Tchernobyl à Fukushima.

Chaîne d'origine : TV5MONDE

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