Herman Van Rompuy, président du Conseil européen (2009-2014)

Quel bilan le président du Conseil européen fait-il de son mandat ?
Parler de soi avec sérieux, discrétion et sincérité.

Paul Germain
Herman Van Rompuy, bonjour ! Vous êtes pour quelques jours encore le président du Conseil européen – pour faire simple, le président de l’Europe. Le premier décembre prochain, vous céderez votre place au Polonais Donald Tusk et avant de parler de votre vie future, je rappelle que dans une vie passée, vous avez été un Premier ministre très populaire en Belgique. Alors, au Bar de l’Europe, je vous ai servi des friandises en forme de bateau parce que, je l’avoue, c’est une question bateau que je vais vous poser pour commencer : c’est quoi votre meilleur souvenir de président du Conseil ?
 
Herman Van Rompuy
Mon meilleur souvenir, et de loin, c’est la cérémonie à Oslo quand on a reçu - au nom de l’Union bien sûr, pas en notre nom personnel – au nom de l’Union, le prix Nobel de la paix. C’est le plus grand, le plus beau souvenir, en fait de toute ma carrière pas uniquement de la présidence du Conseil européen.
 
Paul Germain
Alors, l’Union européenne prix Nobel de la paix, mais aujourd’hui on parle de guerre froide entre l’Union européenne et la Russie à cause du dossier ukrainien. Il faut s’inquiéter de ça ?
 
Herman Van Rompuy
Il faut s’inquiéter parce que c’est la première fois depuis en fait la fin de la Deuxième Guerre mondiale qu’on change les frontières et d’une façon unilatérale, donc…
 
Paul Germain
Avec la Crimée !
 
Herman Van Rompuy
... il faut s’inquiéter. Oui ben, avec la Crimée bien sûr. Il faut s’inquiéter parce que l’Ukraine est un pays important – 45 millions d’habitants – déstabilisé par ce qui se passe à cette frontière – tout près de la frontière russe d’ailleurs – et donc c’est un pays ami aussi, on a conclu un traité d’association avec eux, donc... Ils veulent coopérer avec nous et inversement. Donc, il faut s’inquiéter, mais il n’y a pas de danger de guerre, on n’est pas dans la Guerre froide comme on a vécu pendant 40 ans, pas du tout.
 
Paul Germain
Alors autre objet de fierté : votre dernier sommet européen, le dernier sommet que vous avez présidé. Vous êtes arrivé à un accord sur le climat...
 
Herman Van Rompuy
Oui.
 
Paul Germain
... alors certains disent que ce n’est pas assez, d’autres disent que c’est de trop. Mais vous êtes heureux de cet accord ?
 
Herman Van Rompuy
Moi, je suis très heureux. D’abord, on a trouvé un accord à 28, c’est toujours très délicat de trouver un accord sur un thème aussi sensible parce qu’il y a pas mal d’équilibre entre économie et écologie, toujours. Je sais bien comme vous dites : pour certains, c’est trop, hein pour certains hommes d’affaires, ...
 
Paul Germain
Ben, les ONG disent que c’est pas assez...
 
Herman Van Rompuy
... les ONG...
 
Paul Germain
... les industriels disent que c’est trop...
 
Herman Van Rompuy
... mais M. Ban Ki-moon, le Secrétaire général vient de m’appeler hier pour me féliciter parce qu’il dit : « sans l’Union européenne et sans l’accord qu’on a trouvé, la Commission de Paris de l’année prochaine serait déjà perdue d’avance ». Donc on nous a félicités...
 
Paul Germain
L’Europe est toujours solidaire contre le réchauffement climatique ?
 
Herman Van Rompuy
Tout à fait, tout à fait quoique nous (ne) sommes responsables que de 10 à 12 % des émissions de CO2 dans le monde.
 
Paul Germain
Alors vous dites : c’est pas facile de trouver un accord entre 28, être président du Conseil, c’est faire des compromis à tout bout de champ, c’est plus être un animateur de groupe qu’un homme de pouvoir ?
 
Herman Van Rompuy
Oui, mais trouver un accord, c’est aussi exercer le pouvoir. Et donc, on a trouvé des accords pendant toute la crise de l’euro zone et on a survécu (à) la crise. Donc, faire un compromis qui ne débouche pas sur des résultats, ça ne sert à rien. Donc là, on a sauvé l’euro zone, on a sauvé l’euro. On a trouvé un accord aussi sur le budget européen – c’est un budget pour sept ans. On a trouvé un accord sur le climat. Donc, l’Europe, l’Union à 28 peut marcher.
 
Paul Germain
Alors, je vous montre une image, c’est une image du dernier sommet précisément, le 26 octobre dernier, et certains de vos petits-enfants vous ont rejoint pour la photo de famille. Est-ce que c’était calculé ? Est-ce que c’était une manière de montrer un visage plus humain de l’Europe ?
 
Herman Van Rompuy
Non, c’était pas une action de publicité, c’était en fait tout à fait personnel parce que le plus... l’aîné a six ans et le plus petit avait un mois et donc d’ici 10 ans, 15 ans, bien sûr, ils ne sauront pas que leur grand-père, à un moment donné, était président du Conseil européen. Ils verront ça dans... pas dans des livres d’histoire, mais dans des albums de photos, etc. Et pour bien montrer qu’ils étaient là, déjà présents, quand moi j’y étais, et bien j’ai fait cette photo, ça a été très bien reçu et... non seulement par ma famille, mais aussi par tous les collègues du Conseil européen d’ailleurs.
 
Paul Germain
Et ces petits-enfants, ça va être quoi leur avenir en Europe ? Ils vont avoir beaucoup de difficultés ? La vie va être dure ?
 
Herman Van Rompuy
Bien sûr, mais notre vie n’était pas si simple non plus. On a commencé - souvenez-vous - la crise à partir de 73. Quand moi je suis entré dans la vie professionnelle, il y a eu la grande crise pétrolière, on a parlé à ce moment-là de la crise économique et depuis lors, on a toujours rencontré ce mot « crise ». Je ne dis pas que nous avons eu la vie extrêmement dure, mais depuis lors - depuis le début des années 60 - on a quitté toutes les 30 Glorieuses des années 60, ça c’est d’une autre période.
 
Paul Germain
Et quand Jean-Claude Juncker dit : « C’est la Commission de la dernière chance » ?
 
Herman Van Rompuy
Oui, il faut toujours se méfier des grands mots. En Belgique on a déjà eu plusieurs gouvernements de la dernière chance, hein donc je me méfie des... des expressions un petit peu exagérées. Mais j’ai dit au Parlement européen aussi : si d’ici cinq ans, lorsqu’il y aura des nouvelles élections européennes, on ne peut pas avoir des résultats plus tangibles en terme de croissance économique, de prospérité et d’emploi et bien là, à ce moment-là, on aura pas 20 à 25 % d’euronégatifs* ou d’eurocritiques* (eurosceptiques), mais un pourcentage beaucoup plus élevé et le fonctionnement des institutions européennes sera en danger. Et donc, les années qui viennent sont des années cruciales comme la période précédente.
 
Paul Germain
Cruciales, à la fois pour relancer la machine économique et pour retrouver la confiance des citoyens ?
 
Herman Van Rompuy
Oui, bien sûr, l’un ne va pas sans l’autre.
 
Paul Germain
Parce qu’au Parlement européen, on a vu qu’il y avait énormément d’eurosceptiques qui sont entrés au Parlement lors des dernières élections.
 
Herman Van Rompuy
Oui, mais 75 % des parlementaires européens appartiennent à des partis pro-européens et donc les institutions peuvent fonctionner. On l’a vu avec la désignation de M. Juncker et d’autres. Donc, mais là cette situation peut changer si on a pas de résultat en termes de prospérité et d’emploi.
 
Paul Germain
Alors, prenez une petite boule surprise avec une question surprise et vous la lisez à haute voix si vous voulez bien. N’ayez pas peur, il n’y a pas de danger, ce ne sont pas des questions méchantes juste un peu bateau peut-être.
 
Herman Van Rompuy
Ah, je jugerai sur pièce, hein. Voilà. Donald Tusk, plus charismatique et plus beau que vous ? Bien sûr ! C’est difficile d’être plus charismatique et plus beau que moi, mais il a réussi déjà !
 
Paul Germain
Mais c’est vous-même qui avez dit...
 
Herman Van Rompuy
Oui, je sais.
 
Paul Germain
... mon successeur sera plus beau et plus charismatique...
 
Herman Van Rompuy
Je sais. Mais j’ai aussi dit tout à l’heure, enfin il y a... récemment dans une interview : je suis très charismatique, mais je suis le seul à le savoir. Voilà.
 
Paul Germain
Le premier décembre, qu’est-ce que vous allez faire ? Qu’est-ce qui est inscrit à votre agenda ?
 
Herman Van Rompuy
Le premier décembre, c’est le transfert de pouvoir.
 
Paul Germain
Et le deux alors ? C’est ça qui nous intéresse !
 
Herman Van Rompuy
Le deux décembre, je n’ai pas vérifié, mais normalement j’ai déjà un discours à faire quelque part, je crois que c’est une remission* (remise) de diplôme dans une école auprès desquelles* (de laquelle) j’étais disons le président du conseil d’administration. On me l’a demandé, je l’ai fait. Maintenant, je...
 
Paul Germain
Vous serez triste de partir ?
 
Herman Van Rompuy
Non. Il y a bien sûr...
 
Paul Germain
Un pincement au cœur ?
 
Herman Van Rompuy
... des sentiments mélangés. Il y a un ami qui m’a écrit, c’est une belle phrase : « Ce sentiment… », dit-il, « …de nostalgie inévitable qui accompagne toutes les grandes étapes de la vie ». Bien sûr j’aurai cette nostalgie, mais en même temps on est libéré aussi des responsabilités. J’ai pris beaucoup de responsabilités dans ma vie, maintenant, c’est à d’autres de les prendre.
 
Paul Germain
Herman Van Rompuy, merci d’être venu au Bar de l’Europe et merci d’avoir répondu aux questions, y compris les questions bateaux.
 
Herman Van Rompuy
Voilà, merci.

Le Président du Conseil européen a cédé sa place, le 1er décembre 2014, au Polonais Donald Tusk. Quel bilan le premier « Président de l'Europe » fait-il de son action ? Comment voit-il l'avenir de l'Union ? L'Europe joue-t-elle son va-tout avec la nouvelle Commission européenne que Jean-Claude Juncker a qualifiée lui-même de « Commission de la dernière chance » ?

Chaîne d'origine : TV5MONDE

Présentation : Paul Germain

Production : TV5MONDE

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