Artemisia, une plante contre le paludisme

Pourquoi la communauté scientifique n’inclut-elle pas l’Artemisia dans sa lutte contre le paludisme ?

Mohamed Kaci, journaliste 

On s’intéresse ce soir au paludisme qui tue plus de 500 000 personnes par an dans le monde, principalement en Afrique. Une association a décidé de promouvoir comme remède une tisane à base d’Artemisia. Avec nous pour en parler, Lucile Cornet-Vernet, bonsoir, soyez la bienvenue sur TV5MONDE. Vous êtes vice-présidente de l’association La Maison de l’Artemisia, vous publiez le livre qui a pour titre L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme, éditions Actes Sud, « Domaine du possible » pour la collection. À vos côtés, une romancière, Laurence Couquiaud, globe-trotteuse aussi, merci d’être avec nous, soyez la bienvenue. Vous avez obtenu en 2016 le prix de Femme Actuelle pour La Mémoire sous les vagues et vous faites partie, d’ailleurs vous aussi, de cette association, vous coécrivez ce livre. Dites-nous au juste quelle est cette plante, qui pour vous n’est pas loin d’être miraculeuse.
Lucile Cornet-Vernet, coauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
En tous cas pour le paludisme, oui. C’est une plante qui vient de Chine, l’Artemisia annua et c’est une jolie Astéracée[1] qui pousse sur les hauts plateaux chinois et cette plante, depuis la nuit des temps, soigne les fièvres intermittentes, comme dit la médecine traditionnelle chinoise, mais les fièvres intermittentes sont, c’est la maladie du paludisme. Donc une molécule a été extraite de cette plante, qui s’appelle l’artémisinine et cette molécule est à la base de tous les médicaments actuels, enfin de presque tous les médicaments actuels contre le paludisme. 
Mohamed Kaci, journaliste 
L’artémisinine connue en Chine pour ses effets contre les fièvres, le paludisme, c’en est une fièvre foudroyante. Cette découverte a valu à Youyou Tu[2], le prix Nobel de médecine en 2015. C’était en 1972, pardon, cette découverte. Qu’est-ce qu’elle permet, cette molécule ? Quelles sont ses propriétés ?
Lucile Cornet-Vernet, coauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
Alors ses propriétés, en fait, elle tue le parasite qui est à la base de la maladie, donc du paludisme. Ce petit parasite s’appelle le plasmodium. Et l’artémisinine, en fait, a la propriété de tuer ce plasmodium, par toute une réaction en chaîne assez complexe.
Mohamed Kaci, journaliste 
Alors, on peut citer quelques traitements contre le paludisme en prévention, avant de partir dans certains pays à risques et certaines zones à risques : y a Lariam, y a Malarone, Nivaquine[3] n’est plus prescrit. Vous, en tant que globe-trotteuse et voyageuse, est-ce que vous avez déjà pris un traitement ?
Laurence Couquiaud, coauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
Oui, tout à fait. J’ai pris du Lariam, et j’ai passé mon voyage de noces à pleurer. Donc… oui, des effets secondaires… des effets secondaires assez féroces sur moi.
Mohamed Kaci, journaliste 
Sur cette question des effets secondaires, c’est l’un des problèmes. Y en a un autre, c’est celle de la résistance. Vous parlez du plasmodium qui s’adapte en fait lorsqu’on…
Lucile Cornet-Vernetcoauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
Exactement, comme ici en France avec les antibiotiques et les bactéries qui s’adaptent aux antibiotiques, c’est la même chose, en fait, avec les anti-malariens en fait. On dit malaria ou paludisme, c’est la même maladie. Eh bien les anti-malariens aussi, en fait, année après année, en fait, les plasmodiums deviennent résistants à certaines molécules et on les abandonne, comme la Nivaquine : la chloroquine[4], on l’utilise plus et c’est comme ça tous les cinq, dix ans. Voilà, il y a des molécules qui ne marchent plus. 
Mohamed Kaci, journaliste 
Alors, Artemisia, une plante médicinale. Selon vous, prise en tisane elle guérit dans 98 % des cas, elle interrompt même le cycle infernal de la transmission. Le problème, c’est que, visiblement, la communauté scientifique déclare ne pas avoir assez de preuves et suffisamment de preuves pour l’affirmer.
Lucile Cornet-Vernetcoauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
Alors, oui. Alors d’abord ça dépend de quelle communauté dont on parle. Y a des… on a beaucoup de chercheurs avec nous, des chercheurs africains, aux États-Unis, même en Europe, en Inde, etc., y a vraiment des chercheurs qui bossent sur cette plante depuis longtemps et, en fait, y a une sorte de, c’est difficile, en fait, pour un chercheur de se dire : « Une plante va guérir une maladie aussi grave », y a une sorte de formatage des esprits médicaux dans notre monde qui font que… voilà, c’est presque impossible d’imaginer qu’une plante soigne une maladie aussi grave.
Mohamed Kaci, journaliste 
Mais vous comprendrez qu’il faut être sûr parce que si un patient est malade, par exemple en Afrique, et qu’il prend une tisane et qu’il ne prend pas son traitement, c’est délicat.
Lucile Cornet-Vernetcoauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
Bien sûr, bien sûr. Donc, en fait, il y a plein de petites études cliniques qui ont été faites mais on a eu pas mal de soucis en fait, pour récolter de l’argent suffisant pour faire des études cliniques, mais on a réussi et on a fait une grande étude clinique en RDC et qui va être publiée, dans les jours, là, qui arrivent et y a eu beaucoup, beaucoup de temps pris pour publier cette étude, pour qu’elle soit, j’allais dire la plus parfaite possible. On a refait plusieurs fois certaines manipulations, etc., et…  
Mohamed Kaci, journaliste 
L’efficacité pour vous est prouvée.
Lucile Cornet-Vernetcoauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
L’efficacité est tout à fait prouvée maintenant.
Mohamed Kaci, journaliste 
Mais on dit qu’il faut une forte dose, que c’est une question de dosage et certains scientifiques disent : « D’accord, c’est efficace, sauf que pour le corps humain, il faudrait une… »
Lucile Cornet-Vernetcoauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
Alors, c’est tout à fait intéressant ce que vous dites comme remarque. Parce qu’en fait, la plupart des scientifiques spécialistes du palu[5] prennent cette plante comme simplement un réceptacle de la molécule d’artémisinine qu’est le médicament. En fait, non. Cette plante est une polythérapie. C’est-à-dire qu’elle a au moins 17 molécules anti-malariennes. Donc, c’est une polythérapie[6] comme tout le monde appelle de ses vœux puisque, quand on met une seule molécule qui attaque donc un plasmodium, on sait que ça va être résistant. Une molécule pour une maladie, y a résistance qui arrive, d’accord ? Alors qu’une polythérapie, beaucoup moins de résistance.
Mohamed Kaci, journaliste 
Laurence Couquiaud, l’Organisation mondiale de la Santé, vous n’êtes pas ses spécialistes, mais votre avis tout de même, ne recommande pas forcément cette thérapie médicinale ?
Laurence Couquiaud, coauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
En fait, l’OMS/AFRO à Brazzaville est maintenant partenaire, elle nous accompagne, en fait, sur le terrain, donc il y a quand même une différence entre les préconisations de l’OMS Genève et de l’OMS de Brazzaville et les médecins qui ont fait les études cliniques au Congo ont vraiment démarché l’OMS et ils ont été convaincus et ont accueilli…
Mohamed Kaci, journaliste 
Ça veut dire quoi ? On a un pragmatisme local, peut-être ? Une question de législation au niveau international ?
Lucile Cornet-Vernetcoauteure de « L’Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme »
Exactement, en fait, c’est tout à fait ça. L’Europe, enfin j’allais dire les pays du Nord, d’une manière générale, on a des cases, il faut remplir des cases parfaitement. Et cette plante ne rentre dans aucune case, c’est juste simple. Ce n’est pas un médicament, c’est une plante qui soigne une maladie grave, ça existe… y en a pas beaucoup, enfin, c’est juste une aberration de notre système, c’est pas plus que ça. Par contre, en Afrique, les gens meurent. 


[1]Les Astéracées sont une grande famille botanique de plantes dicotylédones : le nom indiquant les deux lobes de leurs semences appelés cotylédons. Avec 23 500 espèces, c’est la deuxième plus vaste famille du monde végétal et des plantes à fleurs. 

[2]Youyou Tu est la première femme Chinoise à avoir été récompensée par le Nobel de médecine en 2015, à l’âge de 84 ans, pour ses travaux contre les maladies parasitaires. Elle est également célèbre pour sa lutte contre le paludisme. 

[3]Le Lariam, la Malarone, la Nivaquine sont des médicaments anti-paludisme souvent recommandés à titre de prévention aux personnes qui se rendent dans les pays tropicaux. Le paludisme ou malaria est une maladie infectieuse propagée par certaines espèces de moustiques. 
[4]La choloroquine est un antipaludique. Avec la quinine, c’est le traitement qui a été le plus employé en préventif comme en curatif contre le paludisme. 
[5]Le palu est l’abréviation du paludisme. 
[6] Une polythérapie est un traitement médicamenteux comprenant plusieurs médicaments différents. 

Où en est la lutte contre le paludisme ? On connaît depuis longtemps les traitements préventifs et les médicaments anti-malariens mais leur efficacité est de plus en plus menacée par la résistance des parasites responsables de la malaria. Aujourd’hui, une plante venue de Chine vient interroger les traitements conventionnels. Qu’en est-il ?

Chaîne d'origine : TV5MONDE

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