Le coq hardi, le chant des Wallons, l'iris bruxellois ou encore la gaillarde wallonne... Découvrez les emblèmes de la région Wallonie-Bruxelles.

Le cas de la Belgique est assez particulier. Selon sa Constitution, le pays est composé de trois communautés fédérées : la française, la flamande et la germanophone.

TV5MONDE étant une chaîne francophone, nous avons ici choisi d'aborder uniquement les symboles de la Communauté française.

Née de la réforme constitutionnelle de 1971 qui a créé les communautés culturelles, la Communauté française de Belgique désormais désignée sous le nom de « Fédération Wallonie-Bruxelles », prend sa forme actuelle en 1980. Elle inclut les populations de la Région wallonne et de la Région de Bruxelles-Capitale. Cet article propose d'illustrer quelques uns des symboles et emblèmes de la région wallonne et de la capitale belge.

La Région wallonne et la Communauté française partagent le même emblème : le coq hardi rouge sur fond jaune. Mais pourquoi un coq ? Pourquoi « hardi » ? Et d'où viennent ses couleurs ?
Lorsque l’Assemblée wallonne se penche sur la question d’un emblème pour la Wallonie, les propositions ne manquent pas : une étoile, une alouette, un taureau, un sanglier, un écureuil, un coq...?

Drapeau Wallon
Drapeau Wallon

Finalement, c'est ce dernier qui l'emporte, à la fois pour son aspect allégorique (dans l’Antiquité, cet animal fait figure de symbole solaire, dans la tradition nordique, on l’assimile à la vigilance guerrière et à un gardien de la vie), mais aussi parce que son image est associée à la Gaule (en latin, « coq » se dit « gallus », il a donc la même origine que le mot « Gaulois ») : il rappelle ainsi l'emblème de la République française.
Pourtant, le coq wallon se distingue du coq français : il est hardi (c'est-à-dire que sa patte droite est levée, signe d'un coq combattant) et son bec est fermé. Quant à ses couleurs, le rouge et le jaune, il s'agit des couleurs liégeoises. Elles furent choisies pour souligner l’histoire glorieuse de la Principauté de Liège, faite de luttes pour les libertés.

C'est le peintre Pierre Paulus qui dessina les traits de l'emblème que nous connaissons aujourd'hui. Son œuvre est adoptée le 3 juillet 1913 par une commission d’artistes. Le « coq rouge sur fond jaune, cravaté aux couleurs nationales belges » est reconnu officiellement par le décret du Conseil culturel de la Communauté française, le 28 juillet 1975, puis par la Région wallonne le 23 juillet 1998 (cf. article 2 du décret du Parlement wallon).
Dorénavant, la Région wallonne et la Communauté française de Belgique ont le même drapeau.

Pavillon d’État belge
Pavillon d’État belge

Le saviez-vous ?
Le drapeau de la Belgique est lui composé de trois bandes verticales : noire, jaune et rouge, couleurs de l'écu de l'ancien duché de Brabant.
Cet écu représentait « un lion d'or sur fond de sable, armé et lampassé de gueules », autrement dit un lion jaune sur fond noir, avec des griffes et une langue rouges.

Drapeau de la Région bruxelloise de 1991 à 2015 / Drapeau de la Région bruxelloise depuis 2015
Drapeau de la Région bruxelloise de 1991 à 2015 / Drapeau de la Région bruxelloise depuis 2015


Saviez-vous qu'autrefois, Bruxelles était un grand marais ? En effet, l'actuelle capitale belge prend naissance sur les bords marécageux de la Senne et de ses affluents. Du germanique brōk-, le marais, et sāli- (devenu sel(e) en moyen néerlandais), la maison, Bruxelles (Bruocsella) signifierait donc « la maison dans le marais ».

Mais pourquoi l'iris, plutôt qu'une autre plante marécageuse, est-elle devenue emblème de la Capitale ? Selon la légende, l'iris des marais poussait en abondance autour des remparts de Bruxelles et a offert une victoire clef au Duc de Brabant : sachant que cette plante ne pousse que dans les eaux peu profondes, ses troupes savaient où galoper à travers les zones inondées alors que ses adversaires se noyèrent en tentant de traverser le marais. Un glorieux dénouement qui vient celer l'iris comme symbole de la ville.

Le 5 mars 1991, le Conseil régional de Bruxelles-Capitale décide ainsi de choisir un iris comme emblème de la région. Le design spécifique, un iris des marais jaune cerclé de blanc sur un fond bleu, a été choisi suite à un concours public où le dessin de Jacques Richez a été choisi. En 2015, un nouveau drapeau, présentant un iris davantage stylisé, a été adopté.

Le saviez-vous ?
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est un iris, et non un lys, qui figure sur les blasons des rois de France.
Outre Bruxelles-Capitale, on retrouve également cette fleur sur le blason de la ville de Lille, en France, et de la ville de Louisville, aux États-Unis.
Notons que l'iris, fort répandu dans les sigles officiels, est également un symbole de paix et de tolérance.

Frontispice du Chant des Wallons
Frontispice du Chant des Wallons

Écrit en 1900 par Théophile Bovy, sur une musique composée par Louis Hillier, Le Chant des Wallons (Li Tchant des Walons en wallon) est l'hymne officiel de la Région wallonne. Non sans peine, car nombreuses furent les hésitations avant de l'adopter comme chant officiel... 


Nous sommes en 1998 quand le Parlement wallon décide de fixer les emblèmes officiels pour la Wallonie (drapeau, hymne, fête). Quel chant patriotique représentera la Région ? Le Valeureux Liégeois (chant patriotique liégeois), Li Bia Bouquet (hymne namurois), Le Coq wallon (marche wallonne sur les motifs de la Marche rouge)...? Après bien des débats, c'est finalement Li Tchant des Walons de Théophile Bovy qui remporte le concours et qui est adopté par le décret du 23 juillet. 
Écrit initialement en langue wallonne (et plus spécifiquement en « parler de Liège »), des paroles en français furent composées pour la circonstance.

Frontispice du Chant des Wallons
Frontispice du Chant des Wallons

Mais revenons quelques temps en arrière... D'où vient ce Chant des Wallons ? En décembre 1899, la Ligue wallonne de Liège ouvre un concours destiné à couronner un chant capable de servir de ralliement aux Wallons. Le concours comprend d’abord une épreuve littéraire puis une épreuve musicale : 48 textes sont proposés au jury, qui, après de nombreuses délibérations, estime finalement qu’aucune des œuvres ne mérite de remporter le premier prix ! En conséquence, c’est le travail de Théophile Bovy, écrit en wallon de Liège et intitulé Strindans-nos bin (Soutenons-nous bien), classé deuxième, qui entre dans l’histoire en devenant Li Tchant des Walons. En 1901, la deuxième partie du concours est lancée pour couronner la meilleure composition musicale, c’est la musique de Louis Hillier qui est retenue. Soutenu par les autorités communales, le chant patriotique wallon est rapidement adopté dans l'ouest de la Wallonie. Il ne s’impose cependant pas comme hymne de toute la région, notamment parce qu'il n'est pas traduit dans chacune des langues locales. Après hésitations, les membres de la Ligue wallonne de Liège décident d'encourager les diverses versions dialectales : tournaisienne, namuroise, carolorégienne, nivelloise, montoise, gaumaise, athoise, wallon du Centre, wallon de Tubize... Mais l’œuvre de Bovy, ainsi dialectale, variant au gré des patois, ne peut prétendre à l’universalisme wallon.
Après l’Armistice, l’idée d’un chant en français est relancée. En 1928, Henri Ohn prend l’initiative de la traduction en français du Chant des Wallons de Bovy, sans succès. En 1933, la Ligue wallonne propose la création d’un chant national wallon et l'ouverture d'un concours - à nouveau !- pour obtenir un nouveau chant, cette fois-ci écrit en français. Une multitude de propositions en découle.

Au cours des décennies, nombreuses furent les tentatives pour changer d'hymne et moderniser les paroles françaises du Chant des Wallons de Bovy. Finalement, le 4 juin 1998, la Commission spéciale du Parlement wallon décide de retenir la musique et les paroles transposées en français du Chant des Wallons de Bovy, sans retouche, sans modification, « dans le respect de son historicité ».

Retrouvez ici les paroles en français et en wallon liégeois.

Le saviez-vous ?
L'hymne national de la Belgique est La Brabançonne.

Épisode des Journées de septembre 1830 sur la place de l'Hôtel de Ville de Bruxelles, par Gustave Wappers (1835)
Épisode des Journées de septembre 1830 sur la place de l'Hôtel de Ville de Bruxelles, par Gustave Wappers (1835)

Chaque année depuis 1981, la Fédération Wallonie-Bruxelles commémore les journées révolutionnaires du 23 au 27 septembre 1830. Bruxelles, capitale de la Fédération Wallonie-Bruxelles et siège de ses institutions, accueille notamment la partie officielle de la Fête, le dimanche 27 septembre, à l’Hôtel de Ville. Pourquoi ces dates ? Que s'est-il passé cette année là ? Retour sur les événements de 1830.

En 1830, la « colonisation » hollandaise en Belgique dure depuis 15 ans. Le 25 août de cette année, l’opposition à cette occupation va dégénérer en émeute. Guillaume Ier, alors roi du Royaume des Pays-Bas, assiste à la représentation de la Muette de Portici, donnée en l’honneur de son anniversaire au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles. Dès la fin de la représentation, les spectateurs envahissent les rues, appelant la population à se révolter. Pendant un mois, les contestations vont s’intensifier pour connaître leur apogée à la fin septembre. Entre le 23 et le 27 septembre 1830, le Prince Frédéric, deuxième fils de Guillaume Ier, dispose de quatorze mille soldats et de six canons retranchés dans le Parc de Bruxelles. Le peuple de Bruxelles, aidé par des volontaires wallons, s’organise alors en milice armée. On y compte six mille hommes, originaires de tous groupes sociaux. Pendant quatre jours, les Hollandais sont assiégés, jusqu'à ce qu'ils cèdent et se retirent du Parc de Bruxelles dans la nuit du 26 au 27 septembre. Leur fuite consacre la victoire sur l’occupant hollandais : grâce à la participation déterminante et conjointe des Bruxellois et des Wallons, la Belgique vient de gagner son indépendance. Le choix de cet événement souligne ainsi l’importance de la solidarité entre la Wallonie et Bruxelles.

Le saviez-vous ?
La fête nationale belge est célébrée le 21 juillet. C'est à cette date, en 1831, que le premier roi des Belges, Léopold Ier, a prêté le serment constitutionnel.
Il existe par ailleurs de nombreuses fêtes locales et folkloriques telles que la Fête de l'iris, dans la Région de Bruxelles-Capitale, célébrée le 8 mai, ou les Wallos, dans la Région wallonne, célébrés le troisième dimanche de septembre.

La Wallonie n’a, à ce jour, pas adopté de devise officiellement. Pourtant, un slogan est emblématique de la région : Wallon toujours, ou Walon Todi en wallon.

Quand en 1913, se pose la question des symboles de la Wallonie, en plus du drapeau, de la fête et de l’hymne, la première Assemblée wallonne envisage le choix d’une devise. Certains préconisent de la rechercher dans le passé des principautés wallonnes. Parmi les propositions, la devise des révolutionnaires liégeois de 1789 : Vis unita fortior (l'Union fait la force*), ou, dans un passé plus proche, l’exclamation remarquée d’Emile Dupont, vice-président du Sénat, lors de la séance du 9 mars 1910 : « Vive la séparation administrative ! » (entendez « Vive le fédéralisme »).
D’autres souhaitent une formule davantage utilisée par le peuple lui-même. C'est le cas de Richard Dupierreux qui déclare : « Il en est une que l’on entend aussi bien au quai de la Batte qu’à l’ombre des Choncq Clôtiers : Français ne puis, flamand ne veux, wallon demeure ! Wallon demeure ! Lapidaire devise qui exprimerait clairement notre volonté de nous raciner et de rester, à quelque artificielle patrie qu’on veuille nous attacher, les fils de nos pères ! ».

Finalement, c'est la proposition de Joseph-Maurice Remouchamps, Wallon toujours, qui est adoptée presque à l'unanimité. Le 20 avril 1913, l’article 2 du décret stipule ainsi que les armes de la Wallonie « seront le coq hardi de gueules sur or, avec le cri : "Liberté"et la devise : "Wallon toujours" ». Il est d'ailleurs prévu d’inscrire la devise sur le drapeau mais, après débats, le projet est abandonné. 
À ce jour, ce symbole n'est donc toujours pas officialisé par un décret.

Le saviez-vous ?
* L'union fait la force est également la devise nationale de la Belgique, de la Bulgarie, de l'Angola, de la Bolivie, de l'Acadie et apparaît sur les armes de la république d'Haïti.

Dernier symbole à avoir fait l'objet d'une reconnaissance officielle, la gaillarde est un des emblèmes de la Wallonie. Pourquoi une fleur ? Et pourquoi celle-ci en particulier ?

Nous sommes en 1913, quand il est question de l’adoption du drapeau wallon. Comment l'illustrer ? Alors que le coq hardi semble avoir la préférence de la majorité, Joseph-Maurice Remouchamps, lui, pense à un tout autre symbole. Il propose d'adopter « une fleur comme insigne de ralliement, notamment pour les fêtes de septembre ». L'idée plaît, mais le coq gagne. C'est sans compter sur la persévérance de la baronne Léonie de Waha, pionnière de l’enseignement féminin et militante wallonne, fondatrice de l’Union des Femmes de Wallonie. Elle se battra pour que la gaillarde, petite fleur champêtre aux pétales jaune orangés et rouge en son centre, qui rappelle si bien les couleurs de la Wallonie, soit adoptée.

Déjà en 1830, cette fleur avait servi d'emblème aux révolutionnaires. Mais comment la remettre au goût du jour ? La baronne la fait produire et distribuer massivement lors des manifestations publiques de 1913, partout en Wallonie. En quelques mois, la fleur a gagné les faveurs du peuple wallon, tant et si bien que, le 29 mars 1914, l’Assemblée wallonne déclare : « Considérant que la Gaillarde a été unanimement adoptée comme emblème patriotique ; considérant que l’Union des Femmes de Wallonie et sa présidente, Madame la baronne Léonie de Waha de Chestret ont bien mérité de la Wallonie en propageant cet emblème, l’Assemblée décide que la Gaillarde est l’emblème floral officiel de la patrie wallonne ».
Certes moins connue que le coq hardi, elle fait désormais officiellement partie des symboles identitaires wallons depuis le décret du 3 décembre 2015.

Le saviez-vous ?
À Namur, une Gaillarde d’argent est remise chaque année dans le cadre des « fêtes de Wallonie » comme la plus haute distinction décernée par le Comité central de Wallonie.


Sources :
Connaitre la Wallonie

Paul DELFORGE, Chant des Wallons, L'Encyclopédie du Mouvement wallon - Institut Jules Destrée (2000)
Fédération Wallonie-Bruxelles