Tartuffe ou L'imposteur

Molière dénonce dans cette pièce l’hypocrisie religieuse incarnée par le célèbre personnage de Tartuffe.
Découvrir deux scènes clés de la plus controversée des œuvres de Molière.
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Publié le 30/06/2017 - Modifié le 27/07/2017
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© Théâtre Dijon Bourgogne - CDN et Wahoo Production
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© Théâtre Dijon Bourgogne - CDN et Wahoo Production
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© Théâtre Dijon Bourgogne - CDN et Wahoo Production
  • VidéoExtrait 1 - Générique
  • VidéoExtrait 2 - Acte I, scènes 4 et 5
  • VidéoExtrait 3 - Acte III, scènes 2 et 3
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Durée : 0:57
Durée : 2:54
Durée : 2:57
Disponible jusqu'au : 31/08/2019
Disponible jusqu'au : 31/08/2019
Disponible jusqu'au : 31/08/2019
Le personnage de Tartuffe, visible dans l'extrait 3, se fait passer pour quelqu'un qu'il n'est pas.
A travers la mise en scène pourtant moderne, on retrouve la critique moliéresque de l'hypocrisie religieuse.
Acte I, scènes 4 et 5
 

ORGON, CLÉANTE, DORINE.
 
 
 
DORINE.- Madame eut, avant-hier, la fièvre jusqu'au soir,
 
Avec un mal de tête étrange à concevoir.
 
ORGON.- Et Tartuffe ?
 
DORINE.- Tartuffe ? Il se porte à merveille,
 
Gros, et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - Le soir elle eut un grand dégoût,
 
Et ne put au souper toucher à rien du tout,
 
Tant sa douleur de tête était encore cruelle.
 
ORGON.- Et Tartuffe ?
 
DORINE. - Il soupa, lui tout seul, devant elle,
 
Et fort dévotement il mangea deux perdrix,
 
Avec une moitié de gigot en hachis.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - So verstrich die ganze Nacht. Die Schmerzen blieben ungelindert und weil das Fieber sie am schlafen verhindert, habe ich am Bett bis morgens früh gewacht.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - La nuit se passa tout entière,
 
Sans qu'elle pût fermer un moment la paupière;
 
Des chaleurs l'empêchaient de pouvoir sommeiller,
 
Et jusqu'au jour, près d'elle, il nous fallut veiller.
 
ORGON.- Et Tartuffe ?
 
DORINE. - Pressé d'un sommeil agréable,
 
Il passa dans sa chambre, au sortir de la table;
 
Et dans son lit bien chaud, il se mit tout soudain,
 
Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - À la fin, par nos raisons gagnées,
 
Elle se résolut à souffrir la saignée,
 
Et le soulagement suivit tout aussitôt.
 
ORGON.- Et Tartuffe ?
 
DORINE. - Il reprit courage comme il faut ;
 
Et contre tous les maux fortifiant son âme,
 
Pour réparer le sang qu'avait perdu Madame,
 
But à son déjeuner, quatre grands coups de vin.
 
ORGON.- Le pauvre homme !
 
DORINE. - Tous deux se portent bien enfin ;
 
Et je vais à Madame annoncer par avance,
 
La part que vous prenez à sa convalescence.
 
 
 
ORGON, CLÉANTE.
 
 
 
CLÉANTE.- À votre nez, mon frère, elle se rit de vous ;
 
Et sans avoir dessein de vous mettre en courroux,
 
Je vous dirai tout franc, que c'est avec justice.
 
A-t-on jamais parlé d'un semblable caprice ?  
 
Et se peut-il qu'un homme ait un charme aujourd'hui
 
À vous faire oublier toutes choses pour lui ?
 
Qu'après avoir chez vous réparé sa misère,
 
Vous en veniez au point...
 
ORGON.- Halte-là, mon beau-frère,
 
Vous ne connaissez pas celui dont vous parlez.
 
CLÉANTE.- Je ne le connais pas, puisque vous le voulez :
 
Mais enfin, pour savoir quel homme ce peut être...
 
ORGON.- Mon frère, vous seriez charmé de le connaître,
 
Et vos ravissements ne prendraient point de fin.
 
C'est un homme... qui... ha... un homme... un homme enfin.
 
Qui suit bien ses leçons, goûte une paix profonde,
 
Et comme du fumier, regarde tout le monde.
 
Oui, je deviens tout autre avec son entretien,
 
Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien ;
 
De toutes amitiés il détache mon âme ;
 
Et je verrais mourir frère, enfants, mère, et femme,
 
Que je m'en soucierais autant que de cela.
 
[…]
Acte III, scènes 2 et 3
 
 
 
TARTUFFE, LAURENT, DORINE.
 
 
 
TARTUFFE.- […] Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers,
 
Des aumônes que j'ai, partager les deniers.
 
DORINE.- Que d'affectation, et de forfanterie !
 
TARTUFFE.- Que voulez-vous ?
 
DORINE.- Vous dire...
 
TARTUFFE, il tire un mouchoir de sa poche.- Ah ! Mon Dieu, je vous prie,
 
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.
 
DORINE.- Comment?
 
TARTUFFE.- Couvrez ce sein, que je ne saurais voir.
 
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
 
Et cela fait venir de coupables pensées.
 
DORINE.- Vous êtes donc bien tendre à la tentation ;
 
Et la chair, sur vos sens, fait grande impression ?
 
Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte :
 
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte ;
 
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
 
Que toute votre peau ne me tenterait pas.
 
TARTUFFE.- Mettez dans vos discours un peu de modestie,
 
Ou je vais, sur-le-champ, vous quitter la partie.
 
DORINE.- Non, non, c'est moi qui vais vous laisser en repos,
 
Et je n'ai seulement qu'à vous dire deux mots.
 
Madame va venir dans cette salle basse,
 
Et d'un mot d'entretien vous demande la grâce.
 
TARTUFFE.- Hélas* ! Très volontiers.
 
DORINE, en soi-même. - Comme il se radoucit !
 
Ma foi, je suis toujours pour ce que j'en ai dit.
 
TARTUFFE.- Viendra-t-elle bientôt ?
 
DORINE.- Je l'entends, ce me semble.
 
Oui, c'est elle en personne, et je vous laisse ensemble.
 
 
 
ELMIRE, TARTUFFE.
 
 
 
TARTUFFE.- Que le Ciel à jamais, par sa toute bonté,
 
Et de l'âme, et du corps, vous donne la santé ;
 
Et bénisse vos jours autant que le désir
 
Le plus humble de ceux que son amour inspire.
 
ELMIRE.- Je suis fort obligée à ce souhait pieux :
 
Mais prenons une chaise, afin d'être un peu mieux.
 
TARTUFFE.- Comment, de votre mal, vous sentez-vous remise ?
 
ELMIRE.- Fort bien ; et cette fièvre a bientôt quitté prise.
 
TARTUFFE.- Mes prières n'ont pas le mérite qu'il faut
 
Pour avoir attiré cette grâce d'en haut :
 
Mais je n'ai fait au Ciel nulle dévote instance
 
Qui n'ait eu pour objet votre convalescence.
 
ELMIRE.- Votre zèle pour moi s'est trop inquiété.
 
TARTUFFE.- On ne peut trop chérir votre chère santé ;
 
Et pour la rétablir, j'aurais donné la mienne.
 
ELMIRE.- C'est pousser bien avant la charité chrétienne ;
 
Et je vous dois beaucoup, pour toutes ces bontés.
 
TARTUFFE.- Je fais bien moins pour vous, que vous ne méritez.
 
ELMIRE.- J'ai voulu vous parler en secret, d'une affaire,
 
Et suis bien aise, ici qu'aucun ne nous éclaire.
 
TARTUFFE.- J'en suis ravi de même ; et sans doute il m'est doux,
 
Madame, de me voir, seul à seul, avec vous.
 
C'est une occasion qu'au Ciel j'ai demandée,
 
Sans que, jusqu'à cette heure, il me l'ait accordée.
 
ELMIRE.- Pour moi, ce que je veux, c'est un mot d'entretien,
 
Où tout votre cœur s'ouvre, et ne me cache rien.
 
TARTUFFE.- Et je ne veux aussi, pour grâce singulière,
 
Que montrer à vos yeux mon âme tout entière ;
 
[…]
 
 
 
*Hélas : cette interjection ne marque pas ici le regret ou la douleur, mais l'attendrissement.