Russie-Chine : une relation atypique

La Russie et la Chine : deux grandes puissances aux relations compliquées.
Présenter des relations entre différents pays sous forme d’exposé.
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Publié le 25/09/2018 - Modifié le 11/10/2018
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© Le Dessous des Cartes, Arte France, en collaboration avec le Lépac (extrait)
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Durée : 6:49
Disponible jusqu'au : 25/09/2028
L'émission s'appuie sur plusieurs cartes et schémas pour faire le point sur les relations entre Chine et Russie.
Chaîne d'origine : ARTE
Extrait 1
Le dégel et la réouverture de la frontière s’amorcent dans les années 1980. En pleine Perestroïka, le nouveau Secrétaire général Gorbatchev se rend en 1989 à Pékin. En 1991, l'île de Damanski contestée revient à la Chine sous le nom de Zhenbao. L’URSS disparaît, les ex-républiques soviétiques deviennent indépendantes, les troupes russes se retirent de la Mongolie. 
En 1996, la Chine et la Russie signent avec le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan un accord de démilitarisation des frontières. Ensemble, ils fondent le groupe des Shanghai Five et entament une coopération politique, militaire et économique. La voie du rapprochement est ouverte. Ce rapprochement est d'abord géopolitique : avec la fin de la guerre froide, Moscou et Pékin craignent que l'hégémonie américaine ne menace leurs intérêts. Au milieu des années 1990, la Russie s'oppose au projet de Washington d'élargir l'OTAN à l'Europe de l’Est, que Moscou considère comme sa sphère d'influence. La Pologne, la Hongrie et la République tchèque rejoindront l'Alliance atlantique en 1999. Face à cela, Moscou et Pékin s'engagent toujours plus : leur partenariat stratégique de 1996 devient en 2001 traité d'amitié et de coopération. En 2008, le dernier contentieux terrestre est réglé : deux petits territoires sur le fleuve Amour qui protégeait la ville militaire de Khabarovsk sont restitués par la Russie à la Chine.

Extrait 2
Géopolitique toujours. C'est à Moscou que le nouveau dirigeant chinois Xi Jinping fait son premier déplacement à l'étranger en mars 2013. Avec Vladimir Poutine, il décide alors de renforcer leur coopération dans les domaines énergétique, militaire et commerciaux.
Côté énergétique d'abord, ici, les synergies sont évidentes : la Chine est le deuxième consommateur mondial de pétrole et le troisième consommateur mondial de gaz. Pour ne pas trop dépendre de la péninsule arabique, Pékin multiplie donc les projets avec son grand voisin russe, riche en pétrole et en gaz. Voici les principaux gisements d'hydrocarbures en Sibérie. Lancé en 2006, le SPO ou oléoduc Sibérie-Pacifique amène le pétrole russe du gisement de Taïchet vers les marchés japonais et sud-coréen, mais depuis 2010, il rejoint aussi les villes chinoises industrielles de Mohe et Daqing. En 2016, la Russie est devenue le premier fournisseur de pétrole brut de la Chine. Un second oléoduc parallèle est prévu pour l'automne 2017.
Côté gaz, en mai 2014, alors même que les États-Unis et l'Union européenne sanctionnent la Russie pour l'invasion de la Crimée, les entreprises d’État Gazprom et China National Petroleum Corporation signent le plus gros contrat de l'industrie gazière : 400 milliards de dollars sur 30 ans. Objectif : livrer à la Chine l’équivalent de 60 % de ses importations annuelles. Pour cela, deux gazoducs sont construits : à l’Est, Force de Sibérie 1 qui relie les gisements de Sibérie orientale à l'Extrême-Orient russe. Les exportations pourraient commencer entre 2019 et 2021. À l'Ouest, le gazoduc, Force de Sibérie 2 relie les gisements de l'Oural au Xinjiang. À terme, la Chine devrait devenir le premier consommateur de gaz russe.
Côté militaire, les deux pays ont lancé des manœuvres communes en 2005 intitulées Peace Mission. Elles sont clairement tournées vers les forces américaines en Asie-Pacifique, mais surtout, depuis 1989, la Russie vend de plus en plus de matériel militaire à la Chine, frappée par l'embargo occidental sur les armes après le massacre de la place Tiananmen. De 1992 à 2005, ses exportations ont triplé. En 2015, Pékin a encore acheté 24 chasseurs et des missiles antiaériens russes pour 5 milliards de dollars. On voit bien l'évolution des échanges commerciaux sino-russes passer de 16 milliards de dollars en 2003 à 95 milliards de dollars en 2014, selon les chiffres officiels chinois. En dehors des armes, la Russie exporte ses ressources naturelles : hydrocarbures, bois, métaux, minerais alors que la Chine exporte produits finis, équipements, produits alimentaires. Les baisses récentes sont dues aux chutes des prix des matières premières et de la croissance chinoise. 
 
Extrait 3
Au total, la Chine est désormais le deuxième marché pour les exportations russes mais la Russie n'est que le 15e marché d'exportation pour la Chine : la dépendance est donc plus russe que chinoise. Mais la Russie a une autre inquiétude : l'Extrême-Orient russe manque d'entrepreneurs, de main-d'œuvre et d'investisseurs pour exploiter ses ressources. De plus, sa population stagne voire baisse, les locaux préférant partir pour Moscou et Saint-Pétersbourg. Face à cela, le nord de la Chine très peuplé est en pleine expansion. Résultat : de plus en plus de Chinois émigrent vers la Russie souvent clandestinement ; ouvriers du BTP, fermiers, commerçants, touristes. Ils seraient déjà 200 à 300 000 légalement en Sibérie, soit 4 à 6 % de la population. De quoi provoquer, parmi la population russe, des réactions xénophobes, voire des accusations de néocolonialisme. Ces tensions locales n'empêchent pas, qu’au niveau mondial, Chine et Russie continuent de défendre un monde multipolaire contre l'hyperpuissance américaine. À l'ONU, tous deux sont membres permanents du Conseil de sécurité. Chacun y protège ses zones d'intérêt : la Russie en Ukraine et en Syrie, la Chine en mer de Chine méridionale pour cause de dispute territoriale. Enfin, Chine et Russie ont transformé le petit groupe des Shanghai Five en véritable organisation de sécurité. Son nom, l'OCS pour Organisation de coopération de Shanghai, qui compte aujourd'hui 18 États d'Asie, membres ou associés, soit 30 % du PIB et 40 % de la population mondiale. De plus, c’est la seule organisation de sécurité dont les États-Unis sont exclus. Si la Russie et la Chine arrivent à surmonter leurs différences, cela pourrait donc devenir un mastodonte géopolitique où leur influence serait dominante.