Myanmar : les jeunes à l’école de la démocratie

Au Myanmar, la voie vers la démocratie passe par l’école qui développe le débat libre et la pensée critique.
Analyser des techniques de débat. Participer à un débat public.
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Publié le 12/01/2017 - Modifié le 20/03/2017
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Durée : 9:48
Disponible jusqu'au : 12/01/2027
Avec la fin de la dictature militaire, le Myanmar découvre l’esprit critique et la liberté d’expression. Le système éducatif se renouvelle et les jeunes s’exercent au débat démocratique.
Chaîne d'origine : TV5MONDE
Angélique Kidjo 

Bonjour, et bienvenue dans 21ème siècle. Je suis Angélique Kidjo et je suis ravie de vous accueillir dans un nouvel épisode. Durant la dictature militaire au Myanmar, penser librement était formellement interdit. Mais alors que le pays change, la nouvelle ouverture affichée va-t-elle permettre l'apparition d'une vraie démocratie ? Les jeunes du pays sont résolus à réussir la transition.

 

 Aung Myin Thu

Je m'appelle Aung Myin Thu, j'ai la vingtaine. Je viens de l’État Kachin. Une guerre civile entre un groupe ethnique et le gouvernement y a éclaté quand j'avais 12 ans. Des milliers de personnes ont dû quitter leur maison, certaines ont été brûlées. Un de mes frères a été abattu dans la bataille. Je suis parti à Mandalay pour finir ma scolarité.

 

Voix off

D'abord connu sous le nom de Birmanie, le Myanmar en Asie du Sud-Est émerge d'une longue dictature militaire. Son peuple cherche plus de libertés dans un nouveau système démocratique. Pendant la dictature, le régime politique exerçait un contrôle strict et décourageait le débat ouvert. Ceci a eu un fort impact sur le système éducatif et le monde universitaire. Ceci est l'histoire de trois jeunes : Aung, Khin Chit et Myat qui sont devenus amis à l'école monastique Phaung Daw Oo.

L'école, tenue par des moines, enseigne l'esprit critique et la liberté d'expression. C'est ce qui plaît à la mère d'Aung qui l'a inscrit ici à la fermeture de son école à l'État Kachin pendant les conflits civils. Les écoles publiques n'autorisent pas cette approche et prônent l'apprentissage par cœur.

 

Khin Chit Win, bibliothécaire

Je déteste ce système, j'apprenais tout en mémorisant mes leçons.

 

Voix off

À 24 ans, Khin Chit Win est bibliothécaire et organise des débats dans une école à Mandalay, la deuxième ville du Myanmar.

 

Khin Chit Win, bibliothécaire

Ce n'est pas comme ça qu'on apprend, c'est complètement faux.

 

Voix off

La vie du trio a bien changé et le peuple birman vit une transformation depuis les élections de 2010. Des milliers de prisonniers politiques ont été libérés, notamment la lauréate du Nobel, Aung San Suu Kyi, qui était assignée à résidence pendant 20 ans à cause de sa lutte pour la démocratie. Khin Chit partage sa vision.

 

Khin Chit Win, bibliothécaire

J'espère que mon pays aura un bon système éducatif, pour accéder à une meilleure éducation qui ouvrira la voie à une meilleure démocratie.

 

Voix off

Ces jeunes pensent que la voie vers une vraie démocratie passe par le débat libre et la pensée critique. Ils veulent que le peuple puisse exprimer et défendre ses droits en public sans craindre la répression. En organisant des débats, Khin Chit a voulu donner la possibilité aux jeunes d'améliorer leur capacité de communication. Son projet, apprendre à débattre pour la démocratie, fait désormais partie du programme scolaire. Elle et son amie Myat se sont inspirées d'autres pays. Elles ont participé à un tournoi de débat en Thaïlande.

 

Myat Mon Thu, amie de Khin Chit

Mon équipe est arrivée deuxième. Mais j'ai beaucoup appris de la Thaïlande. Au Myanmar, le peuple était réprimé par le gouvernement. Nous ne connaissons pas grand-chose, ni à la politique ni aux autres sujets. En Thaïlande, ils sont très ouverts et leur éducation est bien meilleure. Notre gouvernement doit nous donner une bonne éducation, une bonne gouvernance. Combiner cela serait très positif pour le pays. 

 

Voix off

Myat et Aung sont devenus les jurés du premier forum de débat public organisé par Khin Chit à Mandalay, en août 2015. Le projet et le forum, dont le but est renforcer les compétences de débat au Myanmar, sont possibles grâce aux financements du FNUD, le fonds des Nations Unies pour la démocratie.

 

Intervenante 1

Je suis la première intervenante, et nous défendons l'éducation formelle comme étant la clé du bonheur.

 

Intervenante 2

Nous devons défendre une autre idée. On peut trouver le bonheur partout.

 

Intervenante 3

Bien sûr, le bonheur à court terme est possible de différentes manières. Il faut un diplôme pour trouver un emploi bien payé.

 

Intervenante 2

Nos opposants présentent leurs arguments, mais ne parlent pas de leur bonheur.

 

Intervenante 1

Les jeunes du Myanmar veulent des bourses d'études. Pourquoi ? Ils veulent une éducation qui vient des pays développés. Pourquoi ? Pour avoir un emploi bien payé, pour être heureux dans la vie.

 

Intervenante 2

Tout le monde n'a pas accès à l'éducation formelle. Ces personnes ne peuvent pas être heureuses ? Non.

 

Voix off

Plus de 100 jeunes de 4 régions du Myanmar étaient en lice pour le grand prix. Myat puise dans son expérience pour juger les tournois.

 

Myat

Je juge l’équipe qui est pour, ils ont 3 arguments et utilisent des informations claires pour me convaincre.

 

Aung Ngwe Soe, un étudiant birman

Je m’appelle Aung Ngwe Soe et je viens de l’État Kachin. On s’en est assez bien sortis, et les deux équipes se sont surpassées. Nous attendons la décision du jury.

 

Saw Than Htike Oo, un autre étudiant birman

Je suis Saw Than Htike Oo, de l'État Mon. Je suis du côté négatif du débat. Je crois que ma position est un peu faible.

 

 

Voix off

Après plusieurs tours, l'équipe de l’État Kachin remporte le prix des meilleurs jeunes débatteurs du Myanmar. Myat estime que c'est une compétence indispensable pour affronter la vie, qui leur permettra de voir les deux côtés de chaque argument et prendre des décisions intelligentes.

En novembre 2015, la plupart de ces jeunes ont utilisé leurs nouveaux acquis dans les urnes lors de la première élection nationale du Myanmar, depuis l'arrivée au pouvoir du président Thein Sein en 2011.

Myat Mon Thu

Rien ne changera si nous ne modifions pas la constitution, mais si nous la modifions, c'est une autre histoire.

 

Voix off

Pour ces jeunes débatteurs, c'est une occasion d'utiliser leurs compétences pour construire une vraie démocratie.

 

Myat Mon Thu

U Thant, l'ancien secrétaire général des Nations Unies, qui vient de notre pays, a dit que pour avoir une démocratie, tout le monde doit être éduqué. Alors, sans éducation, y a[1] pas d’espoir pour la démocratie.

 

Khin Chit Win

Je ferai de mon mieux pour poursuivre mon travail, changer le système éducatif et offrir de nouvelles chances aux jeunes.

 

Aung Myin Thu

Je crois en la démocratie, qu'on soit homme ou femme, nous sommes tous liés à la politique. La politique doit nous intéresser. La politique c'est la vie, et la vie c'est la politique.

 

Voix off

Aung dit que sa mère est très fière de ce qu'il a accompli et ne regrette pas de s'être sacrifiée pour venir à Mandalay. Son but est de partager son expérience avec les générations futures, pour construire ensemble un Myanmar meilleur.

 

 

 

 

[1] La forme correcte est « il n’y a pas d’espoir ».