Liberté de circulation : tous le droit d'aller partout ?

Tout le monde peut-il aller partout ?
Créer un tract pour une manifestation de solidarité avec les migrants.
Connectez-vous pour sélectionner une ressource.
Publié le 09/07/2018 - Modifié le 20/08/2018
DUDH-3-frontiere-video
© RTS / TV5MONDE
  • À propos
  • Liens
  • Transcription
  • Partager
Durée : 3:16
Disponible jusqu'au : 09/07/2023
On aurait pu croire que la mondialisation aurait raison du concept de frontière. 
Jean-Marc Huissoud, coorganisateur du Festival de géopolitique de Grenoble, explique pour quelles raisons il fait son retour aujourd'hui.
Chaîne d'origine : RTS
LE CONTEXTE
Bienvenue sur Geopolitis. Les frontières, on croyait que c'était un concept du passé et une réalité dépassée, et voilà que, de plus en plus en ce début du XXIe siècle, on enregistre un retour de ces frontières, physiques, matérielles, qui représentent autant de séparations politiques, économiques, ethniques et même religieuses. Le problème, avec les frontières, c'est qu'elles peuvent tout aussi bien fragmenter les sociétés et partager les peuples, que les rassembler et les préserver. 
En fait, nous avons tous évolué avec une idée préconçue, à savoir qu'avec la mondialisation, la globalisation et la libre circulation des Hommes, des idées et des marchandises, les frontières allaient inéluctablement disparaître. Or, depuis le début de l'année 2000, les géographes estiment que l'Homme a construit quelque 26 000 kilomètres de frontières supplémentaires. Décidément, depuis l'an 843 lorsque, par le traité de Verdun, on avait délimité les trois territoires dévolus aux trois héritiers du grand Charlemagne, qui était leur grand-père, on a toujours voulu délimiter, pour mieux les contrôler, ses propres territoires et aussi et surtout ceux des autres. 
L’INVITÉ
Xavier Colinprésentateur
L’invité de Geopolitis, Jean-Marc Huissoud, qui est coorganisateur du Festival de géopolitique de Grenoble, dont le thème cette année, précisément, c’est « À quoi servent les frontières ? ». Ben, j’ai envie de vous poser la question, compte-tenu d’ailleurs de tous les travaux préparatoires que vous avez faits, que vous avez effectués : à quoi elles servent les frontières aujourd’hui ?
Jean-Marc Huissoudcoorganisateur du Festival de géopolitique de Grenoble
Alors, c’est une question à laquelle il est difficile de répondre simplement, et de manière universelle. On peut savoir à quoi elles devraient servir si on le posait aux gens et si on leur posait la question. En tout cas, on a un sondage sur la population française, qui vaut ce qu’il vaut, mais qui nous donne quelques indices et, aussi, il dit des choses un peu surprenantes, parce que, incontestablement, il y a une demande de réactivation d’un certain nombre de barrières à l’entrée du territoire, mais précisément pas des fermetures, plutôt des filtres, plutôt des moyens de choisir ceux qui franchissent les espaces. Et ce qui est intéressant en second lieu aussi, c’est que pour les Français, une majorité d’entre eux, pas tous, la barrière, ou en tout cas le filtre pertinent, c’est pas celui de l’Hexagone, c’est l’Union européenne. L’espace européen comme un espace ouvert, mais différencié du reste du monde, semble être acquis pour une majorité de gens. 
Xavier Colinprésentateur
Alors, c’est intéressant ce que vous dites sur la notion de filtre, c’est-à-dire on ne veut pas de blocage, mais on veut quand même être protégés d’une manière presque scientifique.
Jean-Marc Huissoudcoorganisateur du Festival de géopolitique de Grenoble
Voilà : l’ouverture est aussi quelque chose que tout le monde juge, ou à peu près, bénéfique dans l’ensemble ; il y a certains phénomènes néfastes, mais surtout ça ne doit pas correspondre, de la part des gens, à un abandon de souveraineté, à un abandon de choix politique, à un abandon sans doute aussi de mode de vie, au profit d’une espèce d’anomie
[1] qui se répandrait à travers le monde sans contrôle et sans que les choix soient faits de manière…
Xavier Colinprésentateur
On a peur sans frontières, sans barrières, sans limites ?
Jean-Marc Huissoud, coorganisateur du Festival de géopolitique de Grenoble
On a peur, et surtout on a du mal à exister. Si on n’a pas d’autre, on ne peut pas être soi. Et ça c’est quelque chose aussi qu’on retrouve à certains moments dans la façon dont le vocabulaire autour de la frontière se…
Xavier Colinprésentateur
Se matérialise.
Jean-Marc Huissoudcoorganisateur du Festival de géopolitique de Grenoble
Se matérialise, enfin, comment il se manifeste. 
 


[1] Désorganisation sociale résultant de l'absence de normes communes dans une société. (La notion a été élaborée par Durkheim)