Les révolutions arabes, entretien avec Hélène Flautre

Berceau de la démocratie, l'Europe défend-elle toujours les valeurs démocratiques dans ses paroles… et dans ses actes ?
Manier la question rhétorique et le lexique de l'action politique citoyenne.
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Publié le 12/04/2011 - Modifié le 09/10/2014
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Disponible jusqu'au : 31/12/2021
Les révolutions arabes, l'immigration européenne.
Chaîne d'origine : TV5MONDE
Présentation : Paul Germain
Production : TV5MONDE
Paul Germain :
Hélène Flautre, bonjour...
 
Hélène Flautre : 
Bonjour.
 
Paul Germain :
vous êtes d'abord une militante. On a envie de dire une activiste...
 
Hélène Flautre : 
Un petit peu, un petit peu.
 
Paul Germain :
... ça se voit dans tous les dossiers que vous traitez comme députée européenne ou comme membre du parti des Verts en France. Alors au bar de l'Europe, je vous ai servi un lait chaud avec du miel...
 
Hélène Flautre : 
Ha ha ha.
 
Paul Germain :
un breuvage qui est très bon pour la gorge. Et précisément, l'Europe semble manquer un petit peu de voix dans le dossier égyptien, c'est en tout cas ce que vous affirmez. Les Américains, ils font mieux ?
 
Hélène Flautre :
Ben l'Europe manque de voix, ça, ça me paraît assez clair. On a toujours l'impression d'avoir un train de retard...
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre : 
il se passe quelque chose d'absolument incroyable heu... ça fait des années, des dizaines d'années qu'il y a une politique européenne qui veut favoriser la démocratie des droits de l'homme et on a le sentiment que ça se passe au mieux sans nous.
 
Paul Germain :
Hum hum.
 
Hélène Flautre :  
Vous voyez ? Parce que cette révolution, ces révolutions, ces soulèvements populaires c'est des aspirations à la démocratie. Les gens veulent des institutions propres...
 
Paul Germain :
C'est un peu comme...
 
Hélène Flautre :
transparentes.
 
Paul Germain :
...la chute du mur de Berlin dans les pays de l'Est ?
 
Hélène Flautre :  
Vous avez bien dit les choses !
 
Paul Germain :
Ouais.
 
Hélène Flautre :
C'est ça !
 
Paul Germain :
Et vous avez l'impression que l'Europe rate un rendez-vous de l'histoire ?
 
Hélène Flautre : 
Je... oui... alors heu... ça n'est pas terminé, cette histoire n'est pas terminée. Mais il est certain que nous n'étions pas là, que nous n'avons pas anticipé comme beaucoup d'États européens hein !
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre : 
De toute façon il est assez difficile vu le poids que conservent les États dans la politique étrangère de l'Union européenne de séparer ce que font les États et ce que fait l'Union européenne en tant que telle...
 
Paul Germain :
Non seulement l'Europe n'a pas participé mais vous l'accusez d'avoir pactisé par exemple avec le régime de Ben Ali.
 
Hélène Flautre : 
Mais, quand on partage soi-disant des valeurs communes avec un régime dont tout le monde dit aujourd'hui que c'était une dictature policière, que c'était un régime corrompu jusqu'à la moelle, qu'est-ce que ça veut dire ? On est bien obligé d'en tirer quand même quelques conséquences 8
 
Paul Germain :
Pourquoi on ne le disait pas il y a deux mois ?
 
Hélène Flautre :
Ben voilà ! Je vous pose la question !
 
Paul Germain :
Ha ha ha.
 
Hélène Flautre :
Pourquoi vous ne m'avez pas invitée au Bar de l'Europe il y a deux mois pour que je vous explique tout ce que je pense...
 
Paul Germain :
Ouais.
 
Hélène Flautre :  
...du régime tunisien ? !
 
Paul Germain :
Mais alors heu... au sommet européen, le dernier sommet, les vingt-sept ont quand même demandé, je cite, aux autorités du Caire de répondre aux aspirations du peuple égyptien. Et ils ont mandaté Catherine Ashton, la Haute représentante pour la politique étrangère, de porter ce message. C'est bien ça ! Non ?
 
Hélène Flautre :
C'est tout à fait bien, c'est tout à fait bien de soutenir les aspirations démocratiques. J'allais dire c'est le minimum syndical. Il s'agit maintenant de savoir comment on va s'y prendre. Est-ce que nous s... nous-mêmes, est-ce que nous-mêmes nous sommes capables de prendre la mesure de ces aspirations démocratiques ? Moi, je pense qu'il est éventuellement permis d'en douter. Je pense que dans ces deux pays, l'Union européenne doit mettre des équipes de haute-voltige politique et d'intelligence citoyenne pour être capable justement d'aller soutenir les réformes qui sont structurelles, essentielles en matière d'indépendance de la justice, de liberté de la presse, de levée de ces États sécuritaires et policiers et pour aller travailler avec la société civile les projets qui ,eux, sont porteurs de démocratie...
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre :
et de développement durable. C'est ça l'enjeu.
 
Paul Germain :
Alors, je vous interromps parce que vous le voyez, il y a des petits parasites qui apparaissent. Et derrière ces parasites quelqu'un qui manifeste son envie de poser une question sur...
 
Hélène Flautre :
Ha ha ha.
 
Paul Germain :
... un autre dossier...
 
Hélène Flautre :
D'accord.
 
Paul Germain :
... qui vous préoccupe.
 
Hélène Flautre : 
D'accord, d'accord, d'accord.
 
Paul Germain :
On regarde.
 
Alexia Kefalas
Madame le député bonjour. Je suis Alexia Kefalas, la correspondante de TV5Monde en Grèce. Et justement, le pays accueille quatre-vingt-dix pour cents de l'immigration clandestine en Europe. Et pour cause, l'Italie, l'Espagne, mais aussi Malte, ont tout simplement fermé leurs frontières. Résultat, la police aux frontières est dépassée malgré l'aide de Frontex, les centres d'accueil sont débordés et le cœur d'Athènes est en train de se ghettoïser, laissant la place, au parti d'extrême droite. Ma question est la suivante : La construction d'un mur de barbelés à la frontière greco-turque dans le Nord du pays, n'est-elle pas une solution alternative en attendant que l'Union européenne se dote d'une politique migratoire commune, j'entends par là, immigration clandestine, octroi d'asile politique et renvoi des réfugiés.
 
Paul Germain :
Réponse ?
 
Hélène Flautre :
Écoutez heu... C'est vrai que ce qu'il se passe à la frontière greco-turque aujourd'hui est tout à fait heu... une construction heu...
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre :  
... liée à la politique qu'on mène.
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre :
C'est vrai que c'est lié au fait que plus personne n'arrive...
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre :  
... en Italie à Lampedusa,...
 
Paul Germain :
C'est par là qu'ils rentrent maintenant...
 
Hélène Flautre :
... à Malte et en Chine.
 
Paul Germain :
...les clandestins ?
 
Hélène Flautre : 
Mais c'est une politique européenne ! Ce sont les opérations de Frontex dans la Méditerranée, c'est aussi l'accord bilatéral entre...
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre :
... l'Italie et la Lybie qui fait que heu... les routes migratoires se... heu... bougent pour aller donc à la frontière greco-turque. Mais alors...
 
Paul Germain :
Alors, il f...
 
Hélène Flautre : 
... on peut... on peut faire un mur. Moi je trouve que c'est un signe catastrophique, mais c'est surtout totalement inefficace.
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre :
Douze heu kilomètres et demi de mur vous voulez que ça change quoi, heu au départ des gens qui sont poussés par des raisons essentielles et vitales ? Il f... ils viendront. Alors on va mettre un mur à la frontière bulgare ? C'est ça ? On va faire des patrouilles Frontex...
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre :
...dans la mer noire ?
 
Paul Germain :
Alors vous parlez de Frontex,...
 
Hélène Flautre :
Voilà ! C'est déjà écrit ça !
 
Paul Germain :
tout le monde ne sait pas ce que c'est Frontex. C'est en fait l'agence qui contrôle les frontières extérieures...
 
Hélène Flautre : 
Oui, c’est ça.
 
Paul Germain :
de l'Union européenne. C'est l'agence qui dispose d'hélicoptères, d'avions, heu de bateaux,...
 
Hélène Flautre :
Une armada !
 
Paul Germain :
et vous avez ... vous avez fait un rapport. En quelques sortes, vous dites que Frontex, cette agence, elle est hors-la-loi !
 
Hélène Flautre : 
Mais quand l'agence Frontex renvoie dans des pays comme la Lybie, ou dans n'importe quel autre pays d'ailleurs des personnes qui sont heu en demande de protection internationale, qui devraient bénéficier de notre protection, au titre des conventions de Genève, elle fait un acte de refoulement ...
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre : 
qui est contraire au droit international, bien entendu !
 
Paul Germain :
Qu'est-ce que, qu'est-ce qu'elle devrait en faire en fait. Quand il y a des clandestins, qu'elle les choppe...
 
Hélène Flautre :
Heu ben c'est, des clandestins, ce sont des migrants.
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre : 
Parmi ces migrants, vous savez que ceux qui sont arrivés sur l'île de Lampedusa, que dit le HCR ? Le HCR dit que à quatre-vingts pourcents, ce sont des personnes qui, légitimement, pouvaient bénéficier d'une protection internationale. Alors, il faut qu'on dise, si on change de politique ! On va heu, retirer notre signature aux conventions de Genève ? On va ne plus être à la hauteur de nos attentes heu de nos engagements au niveau de la politique d'asile ? Il faut absolument que l'Union européenne se dote d'une politique de migration efficace et d'asile respectueuse de ses engagements. Et ça heu, ça veut dire effectivement heu assumer le fait que l'Union européenne a un grand besoin de migrants.
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre :   
Pas des migrants qu'on a transformés par des routes d'errance qui violent leurs droits et leur dignité pendant éventuellement des années, mais des vraies politiques...
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre :   
respectueuses des personnes...
 
Paul Germain :
Hum. Hum hum.
 
Hélène Flautre : 
qui font que les gens puissent... peuvent venir ici en Europe travailler, s'installer, ...
 
Paul Germain :
Hum.
 
Hélène Flautre : 
et chercher protection dans la plus grande dignité. C'est ça la solution.
 
Paul Germain :
Ques...
 
Hélène Flautre : 
C'est pas de faire un mur en Grèce ou un mur en Bulgarie, ou je ne sais où.
 
Paul Germain :
Question d'une internaute, Chantal Bierheim de Colmar. Je suis de gauche, mais quand Madame Flautre veut accueillir tous les clandestins en Europe, ...
 
Hélène Flautre : 
Ha ha ha !
 
Paul Germain :
elle fait le jeu de l'extrême-droite. Elle s'étonnera qu'après ça, les électeurs qui vivent la crise votent pour les partis les plus populistes.
 
Hélène Flautre : 
Ho la la… Je pense que l'Europe est très loin d'accueillir heu la misère du monde et que de toute façon cette misère là ne nous le demande pas ! C'est une toute petite partie des plus de huit cents millions de migrants internationaux qui viennent heu, en Europe. Toute petite part... Le pays le plus grand... d'accueil le plus important dans le monde, des réfugiés c'est qui ? C'est le Pakistan ! Qui accueille les Afghans. Et le deuxième c'est qui ? C'est la Syrie, qui accueille les Irakiens. Donc on est très très loin d'être le pays vers lequel se ruent heu tous les migrants du monde. Et d'ailleurs heu on a bien du mal, à capter en Europe, tellement nos politiques sont absurdes de ce point de vue, les heu... migrants qui pourraient être d'un bénéfice pour eux-mêmes, pour leur pays d'origine et pour nous pays d'accueil, y compris en termes économiques, tout à fait pertinents.
 
Paul Germain :
Merci Hélène Flautre, d'être venue au Bar de l'Europe...
 
Hélène Flautre : 
Je vous en prie.
 
Paul Germain :
et je vous propose d'offrir votre verre de lait, à Catherine Ashton.
 
Hélène Flautre : 
Ha ha ha ! Et ben, allons-y ! Elle doit partir en Tunisie bientôt.
 
Paul Germain :
Merci.
 
Hélène Flautre : 
Merci.