Les médias à l’épreuve des faits alternatifs

Alors que fake news, faits alternatifs et intox se multiplient, les journalistes s’interrogent sur cette crise de l’information.
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Publié le 20/03/2017 - Modifié le 24/03/2017
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  • VidéoExtrait 1 : la réaction des journalistes aux accusations de Trump
  • VidéoExtrait 2 : la vérification des faits
  • VidéoExtrait 3 : les faits alternatifs
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Durée : 1:16
Durée : 3:08
Durée : 1:55
Disponible jusqu'au : 20/03/2027
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Alors que les fake news se multiplient sur Internet et les réseaux sociaux, que certains politiciens revendiquent des faits alternatifs, les journalistes s’interrogent. Comment éclairer les citoyens afin qu’ils distinguent l’émotion des faits réels ? Comment les ramener vers une information de qualité ?
Chaîne d'origine : TV5MONDE
Silvia Garciaprésentatrice de « Kiosque »

Alors je suis ravie d’être entourée de vous quatre, des êtres humains assez malhonnêtes, parmi les plus malhonnêtes, ravie de vous accueillir ce dimanche ! Blague à part, Donald Trump signe des décrets en rafale, le dernier en date sur l’immigration qui crée une levée de boucliers et une certaine pagaille dans les aéroports du monde entier, crise avec le Mexique sur la question du mur, etc., etc. mais il y a eu une constante cette semaine, ce sont ses critiques virulentes contre la presse. Première réaction comme journaliste, Pauline, quand vous entendez ce qu’on vient d’entendre.

 

Pauline Moullotjournaliste à « Libération »

Bah c’est impressionnant de voir surtout ce changement de… enfin, maintenant c’est les médias qui sont accusés de mentir quand ils dénoncent les mensonges de Trump. Il y a même Marine Le Pen qui a parlé de fake news la semaine dernière et donc on voit que… ce retournement… Impressionnant !

 

Silvia Garcia, présentatrice de « Kiosque »

Hum... Gérard ?

 

Gérard Leclercconseiller éditorial à la revue « We Demain »

Qu’un politique attaque la presse, pourquoi pas ? Après tout la presse n’est pas au-dessus de tous les pouvoirs, de toutes les critiques, etc. Ce qu’il y a d’inquiétant, c’est qu’il l’attaque en mentant ! Il l’attaque comme il a fait sa campagne, c’est-à-dire avec des outrances, avec des insultes, avec des mensonges, c’est-à-dire des choses… on peut vérifier que c’est pas vrai ! C’est là où c’est grave ! Et ça, ça se rattache à un espèce de… tous ces mouvements populistes qui existent, qui émergent un peu partout où effectivement on nie la vérité, on nie le fait, on ment.

Silvia Garcia

Et aujourd’hui, la question qui se pose, c’est quelle parade face à un troll qui est devenu président ? Vous, je le disais tout à l’heure, vous travaillez Pauline à la rubrique Désintox, donc vous faites ce qu’on appelle du fact checking, de la vérification de faits. Comment vous travaillez concrètement dans un contexte comme celui-là ?

Pauline Moullot, journaliste à la rubrique Désintox du quotidien français « Libération »

Ben on retourne à la base c’est-à-dire vérifier… euh… vérifier toutes les informations et expliquer surtout, je pense que…

Silvia Garcia

Comment vous faites ?  Admettons, il y a une fausse information qui circule, vous appelez des gens… ? Enfin, pour que ça soit assez concret pour ceux qui nous regardent.

Pauline Moullot

Oui, ben on fait comme tous les journalistes quand ils font un article, quand ils font un reportage, ils vérifient et donc, quand on entend quelque chose ou quand on voit, quand on voit quelque chose, on essaie de savoir qui l’a dit, quelle est la source, remonter à la source, qui parle, est-ce que c’est confirmé, est-ce qu’il y a une seule personne qui le dit, est-ce qu’il y a plusieurs personnes ?

Silvia Garcia

Et ce sont les règles de base du journalisme…

Pauline Moullot

Et ce sont les règles de base…

Silvia Garcia

Que tout le monde peut-être ne connaît pas mais c’est vraiment les petites règles de base. La question qui se pose aussiaujourd’hui, c’est est-ce que la presse est un réel contre-pouvoir ? Vous vous sentez, vous, un contre-pouvoir avec le travail que vous faites ?

Pauline Moullot

Un contre-pouvoir, je pense que c’est, je pense que c’est… un peu, un peu fort. Je pense qu’il y a toute une partie de…, malheureusement, une partie des gens qui, qui préfèrent croire aux faits alternatifs et que de toute façon, on n’atteindra pas, mais c’est euh…

Julien Le Bot

Je crois qu’il y a la question des conditions d’accès, en fait, aux faits. Par exemple, Donald Trump, ce qui est assez marquant - parce qu’on parle toujours de cette cérémonie d’investiture -, c’est que dès lors qu’il a pris le pouvoir, enfin, il a tout de suite demandé à un certain nombre d’institutions en charge notamment des questions environnementales et agricoles d’arrêter de s’exprimer, d’arrêter d’utiliser les réseaux sociaux, presque quelque part de faire un black-out sur tout ce qui était accès aux données, notamment celles qui concernent le changement climatique. Donc, on a d’une part en fait une institution, ou plutôt une institutionnalisation de la guerre qui est faite aux faits à des fins finalement idéologiques et politiques et, dans le même temps, dans le public on parle d’une opinion qui peut être est capable finalement de… de… de… d’arriver à la vérité, puisque certains journaux sortent les mensonges qui peuvent être colportés par une administration, on se rend compte que dans l’accès à l’information, notamment via les réseaux sociaux, il y a beaucoup de… une énorme partie du public qui désormais ne se sert pas directement par exemple de la page d’accueil du New York Times, du Guardian, du Monde ou de Libération pour accéder à de l’information. Et dès lors, en tant que journaliste, en fait on n’est plus stricto sensu un contre-pouvoir dans un environnement qui est extrêmement bien institutionnalisé, où on sait quelque part qu’on est les « gatekeepers » comme on disait pendant un moment, c’est-à-dire ceux qui maitrisent l’accès à l’espace public et qui filtrent, qui permettent en fait en un certain sens aux bons faits de venir interroger le public pour savoir ben… quelle est la réalité qui est en train de se jouer. Non, non, on a vraiment un contexte qui est vraiment métamorphosé, enfin, transformé et le fait de revenir, comme vous le disiez Pauline par exemple, à ce qui est la vérification des faits et d’avoir même presque des rubriques dédiées.

Silvia Garcia

Ce qui est le cas aujourd’hui !

Julien Le Bot

Ça veut dire qu’on sort de la téléréalité, on essaie de montrer qu’on sort de la société du spectacle euh… de Debord, de Baudrillard, comme le mentionnait John et on essaie de dire mais si, on vous assure, on essaie d’être plus professionnels que jamais.

Silvia Garcia, présentatrice de « Kiosque »

Première question. On va regarder, je vous laisse regarder cette image qui s’affiche. Image à l’appui, première question : à droite, la cérémonie d’investiture de Donald Trump, le 20 janvier dernier qui était la plus grande en termes d’audience, plus que celle de Barack, en 2009 à gauche. Vrai ou faux ? Pierre ?

Pierre Marlet, journaliste à la RTBF, invité

Et ben, non, ben à un moment donné, il y a les faits.

Silvia Garcia

Julien, vrai ou faux ? 

Julien Le Bot, producteur de "L'atelier des médias" à RFI

Non, mais c’est oui, c’est, il y a sur cette question des faits alternatifs, et je crois qu’il y a une formule qui avait été employée aussi par Trump en amont à la campagne c’était l’hyperbole véridique, euh… il y a vraiment une guerre qui est faite aux faits actuellement et c’est très inquiétant.

Silvia Garcia

Et on va y venir. On va en parler justement car à la Maison Blanche, il n’y a plus de frontière entre les faits et les mensonges, mais il y a désormais un mur érigé avec les journalistes. Florilège de la semaine.

Donald Trump, Président des États-Unis d’Amérique

Comme vous le savez, j’ai une guerre en cours avec les médias. Ils sont parmi les êtres humains les plus malhonnêtes sur terre.  -Applaudissements -  On a quelque chose qui est incroyable parce que… il semblait honnêtement… on avait l’impression qu’il y avait un million et demi de personnes. Quoi qu’il en soit, ça allait jusqu’au monument Washington. Et puis j’ai fait l’erreur d’allumer cette chaîne : ils montraient un terrain vide et ils disaient qu’on avait attiré 250 000 personnes. Ce qui n’est pas mal, mais c’est un mensonge.

Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche

C’était la plus grande foule qu’il n’y ait jamais eu à une investiture, point barre, en nombre de personnes et dans le monde entier.

Chuck Todd, journaliste politique à la NBC, accrédité à la Maison blanche 

Pourquoi a-t-il fait ça ? Il sape la crédibilité de tout le bureau de presse de la Maison Blanche, dès le premier jour.

 

Kellyanne Conwayconseillère de Donald Trump 

Ne dramatisez pas à ce sujet, Chuck. Vous parlez de mensonges mais Sean Spicer, notre porte-parole, a présenté des faits alternatifs, mais la question…

Chuck Todd, journaliste politique américain, accrédité à la Maison blanche 

Attendez une minute, des « faits alternatifs » ? Quatre des cinq faits qu’il a abordés étaient des mensonges. Des « faits alternatifs », ce ne sont pas des faits, ce sont des mensonges.