La satire, une tradition française

La France est-elle toujours le pays de la liberté ? Découvrez l’évolution de la liberté d’expression depuis 1830.
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Publié le 06/02/2015 - Modifié le 19/03/2017
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Durée : 4:05
Disponible jusqu'au : 06/02/2025
Réprimée, encouragée, aimée ou détestée, la satire est ancrée dans la tradition française. Aujourd'hui, peut-on encore rire de tout ?
Chaîne d'origine : France 2
Voix off
Une poire pour contourner la censure. 1831 : le roi Louis-Philippe interdit qu’on le dessine, alors il devient l’homme à la tête de poire, sous la plume d’un caricaturiste, Honoré Daumier. Pour avoir croqué le souverain en Gargantua* volant l’argent du peuple, Daumier est jeté en prison, 6 mois. C’est à cette époque, dans la résistance, que la caricature gagne ses lettres de noblesse.
Dans le sillage de la Révolution, la France de la Belle Époque dénonce l’emprise de l’Église sur la société avec l’Assiette au Beurre. 1901 : un travailleur botte le derrière d’un Jésus au pied de la croix. On les appelle les « bouffeurs de curé » ; certains changent même les paroles de la Marseillaise pour la cause de l’anticléricalisme : « aux urnes citoyens, contre les cléricaux »  et finalement en 1905, la loi consacre la séparation de l’Église et de l’État, la laïcité fonde désormais la République…« …dispersent les corbeaux. » 
Et dans la République, quel que soit le tragique des évènements, une tradition s’enracine  dès 1915 avec le Canard enchaîné : rire de tout.
Ni dieu, ni maître, voilà la marque de fabrique en 1960 d’Hara Kiri, journal satirique bête et méchant, sans tabous, tendance anticlérical-grivois. La mort du général de Gaulle en 1969**, cela donne Bal tragique à Colombey en Une, c’est la fin d’Hara Kiri mais il renaît sous le nom de Charlie Hebdo. On prend les mêmes et on recommence, 1968 est passé par là, il est interdit d’interdire. Charlie Hebdo, c’est alors l’insolence en toute liberté, ce qui fait dire à Cabu en 1981 : « L’Église est moins présente… L’armée, c’est le dernier tabou, je crois. »
Voix off
Dans les années 1970-80, on s’autorise à rire de tout et de tous.
Coluche
Qu’est-ce que c’est que ces Portugais qui viennent retirer le pain de la bouche à nos Arabes.
Voix off
Rire du racisme, avec Coluche.
Coluche
J’ai pris le parti de rire systématiquement de tout ce qui est pas drôle.
Pierre Desproges
Comme disait Himmler en quittant Auschwitz pour aller visiter la Hollande, on peut pas être à la fois au four et au moulin.
Voix off
Rire de l’antisémitisme et du nazisme avec Desproges.
Pierre Desproges
Vous moquez pas d’Himmler, il peut revenir.
Voix off
On rit et puis vient le temps des crispations. Des intégristes catholiques d’abord contre le film Je vous salue Marie.
Un catholique intégriste
Ce film est un blasphème.
Voix off
Contre La dernière tentation du Christ de Scorsese, un incendie meurtrier dans un cinéma ; des manifestations contre une pièce de théâtre Golgota picnic et des politiques qui s’inquiètent.
Frank Gilard, député UMP
Se moquer des religions, je trouve que c’est un peu délicat. Ça peut se terminer avec des voitures piégées, vous voyez.
Voix off
Et puis, des fanatiques musulmans contre cette chanson. Menacée de mort, Véronique Sanson renonce à la chanter.
2011 : un attentat contre Charlie Hebdo pour avoir caricaturé Mahomet.
Un passant interviewé
Pourquoi rire et avoir de l’humour sur quelque chose de sacré. Quelque chose de sacré, il y a pas d’humour.
Voix off
Au nom du sacré, le 7 janvier 2015, deux intégristes assassinent 12 personnes dans les bureaux du journal satirique. Mais les survivants de Charlie Hebdo persistent et signent. Mahomet est toujours à la Une. L’humour sans autre forme de regret, comme le disait Coluche.
Coluche
On a tort de s’énerver parce que si tu veux, on arrive à dire des trucs après qu’on regre…on regre…on regrette…quoi j’veux dire… on…Hein ? Que je regrette ? Non, moi je …
Voix off
L’humour au nom de la tolérance dans la tradition de Voltaire : « La tolérance n’a jamais excité de guerre civile. L’intolérance a couvert la terre de carnage. » Voltaire 1763.
 
* Gargantua est un personnage littéraire du XVIe siècle, un géant né de la plume de l’écrivain français Rabelais.
** Le général de Gaulle est décédé en 1970 et non en 1969 comme il est dit dans le reportage.