Jean-Paul Marthoz : comment informer ?

Comment expliquer l’aveuglement de la presse américaine lors des élections présidentielles de 2017 ?
Décider d’une stratégie pour informer.
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Publié le 02/03/2017 - Modifié le 20/03/2017
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Durée : 8:26
Disponible jusqu'au : 03/03/2027
Pourquoi les journalistes américains n’ont-ils pas anticipé la victoire de Donald Trump ? Sont-ils coupés de la réalité ? Comment faire pour informer plus objectivement ?
Chaîne d'origine : TV5MONDE
Présentation : Paul Germain
Production : TV5MONDE
1er extrait :  0’00 – 0’47
 
Paul Germain
Jean-Paul Marthoz, bonjour, vous êtes journaliste et notamment chroniqueur au quotidien belge Le Soir. Écrivain, vous êtes aussi un militant des droits de l’Homme et conseiller en Europe du CPJ, le Comité de Protection des Journalistes. Alors au Bar de l’Europe,  je vous ai servi un américain. Hé oui en Belgique c’est comme ça qu’on surnomme un tartare de bœuf ! Un Américain qui nous a surpris en élisant Donald Trump, mais est-ce que c’était vraiment étonnant ou n’a-t-on pas voulu voir ce qui allait se passer ?
 
2e extrait : 0’48 – 3’19
 
Jean-Paul Marthoz
Je pense que la presse, que ce soit la presse européenne ou la presse américaine d’une certaine manière ne pouvait pas s’imaginer que Donald Trump, ce personnage que l’on connaissait depuis toujours d’une certaine manière puisque c’était un personnage médiatique extraordinaire, allait, sur base d’un programme qui n’existait pratiquement pas - sauf par une série de déclarations extrêmement dures qui dépassaient, qui allaient au-delà de ce que toléraient en général les discours américains -  que ce personnage allait l’emporter. Je pense que la plupart des journalistes américains, habitués à vivre finalement dans un petit milieu où tout le monde se parle avec les mêmes mots et fréquente les mêmes gens, n’a peut-être pas senti qu’il avait la possibilité de l’emporter. Cela dit, rappelons-le, il n’a pas emporté le vote populaire quand même. Il l’a emporté au niveau des états et est devenu finalement le président des États-Unis mais, mais je pense qu’il y a eu c’est vrai, une espèce de…d’oubli…
Paul Germain
…d’aveuglement…
Jean-Paul Marthoz
…d’aveuglement et d’oubli d’une partie de l’Amérique qui apparaît rarement finalement, c’est vrai, dans les grands médias américains.
Paul Germain
Mais, certains médias, des journaux comme le New York Times ou le Washington Post ont fait leur mea culpa. Le New York Times a même déclaré que dorénavant, ils allaient informer les lecteurs d’une manière plus honnête, plus objective, ce qui sous-entend que ce n’était pas le cas jusqu’ici, c’est quand même un aveu terrible !
Jean-Paul Marthoz
Mais je pense peut-être que c’est pas vraiment une question d’objectivité ou d’honnêteté, je pense que c’est une question de focalisation d’une certaine presse - de qualité d’ailleurs  - sur des milieux sociaux qui appartiennent en général à ceux qui leur ressemblent, et en particulier à une certaine élite cosmopolite qui est grande hein, qui n’est pas seulement la Maison-Blanche ou les Clinton mais qui est aussi, c’est des millions de personnes, qui eux, s’en sont sortis relativement bien de cette ère de 30 années de globalisation, et ils n’ont pas vu qu’à côté, il y avait une autre population américaine, qui elle, n’acceptait pas cette globalisation, estimait qu’elle était victime de cette globalisation ou cette financiarisation de l’économie, notamment la crise de 2007-2008. Mais c’est vrai qu’il y a eu aussi, à côté du New York Times qui a fait un travail, je trouve quand même assez remarquable, il y a eu, quand même à côté de cela, un certain nombre de journalistes qui, dans des publications un peu moins puissantes ou dans des médias plus alternatifs, avaient révélé cette cassure déjà. Moi, j’ai chez moi une dizaine de livres depuis 1992, de journalistes qui disent : « Attention, on est en train d’entrer dans une société à 2 vitesses », il y a même un livre de Studs Terkel The Great divide, la Grande division, paru en...1900… euh… je crois 1980 déjà, 84, donc je pense qu’il y avait quand même une prise de conscience mais elle était limitée à ces journalistes qui n’appartenaient pas à ces cercles de Washington et de New York.
 
3e extrait : 1’59 – 3’19
 
Jean-Paul Marthoz
Mais je pense peut-être que c’est pas vraiment une question d’objectivité ou d’honnêteté, je pense que c’est une question de focalisation d’une certaine presse - de qualité d’ailleurs  - sur des milieux sociaux qui appartiennent en général à ceux qui leur ressemblent, et en particulier à une certaine élite cosmopolite qui est grande hein, qui n’est pas seulement la Maison-Blanche ou les Clinton mais qui est aussi, c’est des millions de personnes, qui eux, s’en sont sortis relativement bien de cette ère de 30 années de globalisation, et ils n’ont pas vu qu’à côté, il y avait une autre population américaine, qui elle, n’acceptait pas cette globalisation, estimait qu’elle était victime de cette globalisation ou cette financiarisation de l’économie, notamment la crise de 2007-2008. Mais c’est vrai qu’il y a eu aussi, à côté du New York Times qui a fait un travail, je trouve quand même assez remarquable, il y a eu, quand même à côté de cela, un certain nombre de journalistes qui, dans des publications un peu moins puissantes ou dans des médias plus alternatifs, avaient révélé cette cassure déjà. Moi, j’ai chez moi une dizaine de livres depuis 1992, de journalistes qui disent : « Attention, on est en train d’entrer dans une société à 2 vitesses », il y a même un livre de Studs Terkel The Great divide, la Grande division, paru en...1900… euh… je crois 1980 déjà, 84, donc je pense qu’il y avait quand même une prise de conscience mais elle était limitée à ces journalistes qui n’appartenaient pas à ces cercles de Washington et de New York.