Géopolitique de l'eau : pourquoi tant d'inégalités ?

L'or bleu, ce n'est pas une marchandise.
Présenter des campagnes de sensibilisation.

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Publié le 11/04/2012 - Modifié le 26/04/2017
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Durée : 15:15
L’accès à l’eau, la géopolitique, l’écologie, nos modes de consommation, la politique, la répartition des ressources naturelles.
Chaîne d'origine : RTS
Présentation : Xavier Collin
Production : RTS / TV5MONDE
Le contexte
Bienvenue sur Geopolitis.
Sans elle, il n'y aurait pas de vie sur terre. Sur terre, certes, il y en beaucoup, et même, apparemment, en abondance. Apparemment, seulement, car l'eau, que l'on surnomme aussi l'or bleu, l'eau, donc, vient à manquer pour des millions, voire des milliards d'êtres humains. Cette eau, on la gaspille, on la distribue mal, on la salit, on la brade, et même, c'est de plus en plus actuel, on la fait payer cher, très cher !
 
Oui, il y a urgence, parce qu'il y a des inégalités intolérables. Deux exemples chiffrés : actuellement, 1 terrien sur 8, dans le monde, n'a pas du tout accès à de l'eau salubre. Et près de la moitié de la population mondiale, 46% exactement, n'a pas l'eau courante à domicile.  Geopolitis décrypte la problématique de ce qui est notre bien le plus précieux : l'eau.
 
Donc, à peu près un terrien sur deux n'a pas, chez lui, l'eau courante. Alors qu'un citoyen américain consomme en moyenne 380 litres d'eau, par jour, à son domicile, un citoyen européen un peu moins. Autres statistiques saisissantes : dans  certains  pays en voie de développement, une femme doit parcourir en moyenne 6 kilomètres, à pied, pour s'approvisionner en eau, et cela, tous les jours. Or, chaque jour qui passe, on vend, dans le monde à peu près 60 millions de bouteilles d'eau minérale. Ce qui est très préoccupant, au delà des inégalités dont on vient de  parler, c'est l'aspect sanitaire de cet accès à l'eau ou plutôt de non-accès à l'eau. Chaque année, près de 4 millions d'hommes, de femmes, et surtout d'enfants, meurent de maladies diverses mais toutes liées à cette question d'eau insalubre. Respecter l'eau, la conserver, la distribuer équitablement, ne pas la gaspiller, le mouvement est désormais lancé. On voit des manifestations pour sauver l'eau, parfois même des initiatives disons originales comme ici à Genève, lors d'un G8 à Evian, tout près du jet d'eau, où l'on n'hésite pas à se lancer à l'eau, dans le plus simple appareil.
 
Au delà de tous ces problèmes liés à l'hygiène, il y a l'aspect géopolitique, de cette problématique : des conflits là encore directement ou indirectement liés à l'eau, ou plus exactement au contrôle de l'eau. A qui appartient cette eau ? Un exemple : le Nil, l'un des plus longs fleuves du monde, source de vie, célébré comme tel depuis la nuit des temps par les Égyptiens. Eh bien ce sont surtout l'Égypte et le Soudan qui profitent des eaux du Nil, grâce à un accord de partage passé en 1959. Problème : voilà un accord de répartition qui fait que les autres pays de la région sont privés des ressources du fleuve : c'est notamment le cas de l'Éthiopie dont plus de la moitié des habitants n'a pas accès à l'eau. Comme le dit un texte de l'ONU, l'eau n'est pas seulement une marchandise, c'est, ou ce devrait être, un droit !
 
Le reportage
 
L’eau : pourquoi est-ce une denrée rare ?
Première donnée : l'eau salée, c’est-à-dire, les mers, les océans, c'est 97,5% de l'eau dans le monde : autrement dit, l'eau douce, ne représente que 2,5 % de ce total. Ces 2 et demi pour cent se décomposent de la manière suivante : les glaces et neiges permanentes, 68,9%. Les eaux souterraines, 30,8%. Ne restent donc, comme eau douce facilement disponible, que les rivières et les lacs, soit 0,3% de ces 2 ½ pourcents ! Regardons maintenant la répartition de la consommation : sur 1000 litres d'eau douce venant de ces eaux de surface, 700 sont utilisées par l'agriculture, soit 70%. L'industrie, pour sa part, on consomme 20%, 200 litres, et il reste 10%, 100 litres, pour nous, les particuliers.
 
Après l’empreinte carbone, l’empreinte de l’eau ?
L'eau, ce n'est pas seulement celle que nous buvons ou celle avec laquelle nous cuisinons ou nous lavons. Le total de l'eau que nous consommons c'est aussi la comptabilisation des milliers de litres qui sont utilisés par fabriquer nos aliments, nos vêtements ou nos objets familiers. D'où l'idée de plusieurs experts en environnement de calculer notre empreinte eau, comme on calcule notre empreinte carbone. Vous êtes prêts ? un jean, une paire de jeans, c'est 8500 litres d'eau, 8 tonnes et demie, si on calcule tout, depuis la culture du coton, le tissage, la teinture, le délavage et la confection. Un T-shirt ? Ca ne représente pas une grande surface, mais un T-shirt, tout compris, c'est 2100 litres d'eau. Une paire de baskets : 4700 litres d'eau. En haut de la liste, le top du top, le vêtement en cuir : 30 tonnes d'eau, pour une veste en cuir. On jette un oeil sur le secteur de l'alimentation? Un steak de 500 grammes, c'est 6000 litres. Une tasse de café : 140 litres, de la culture du grain à la torréfaction, en passant par l'empaquetage, l'emballage et la livraison. Dernier exemple, une bouteille d'eau minérale, vous vous dites que ça ne consomme pas d'eau, eh bien si, pour produire un litre d'eau minérale et le mettre en bouteille, on compte 3 litres d'eau courante.
 
Le marché de l’eau : un scandale ?
Chaque année, rien qu'aux États-Unis, il se vend 25 milliards de bouteilles d'eau minérale. Un marché économique gigantesque, que certains chiffrent à 1000 milliards de dollars par an. Pour les grandes multinationales spécialisées, l'eau est désormais, à proprement parler, de l'or en barre. Des organisations écologiques ou de défense des droits de l'homme lancent de nombreuses accusations contre certaines multinationales qui auraient tendance à s'approprier l'eau naturelle des sous-sols dans divers pays, avant de commercialiser cette eau minérale au prix fort, sans que les populations locales aient en quoi que ce soit bénéficié de cet or bleu. Autre dossier concernant l'eau, mais cette fois au niveau de la gestion, de l'assainissement et de la distribution de l'eau courante, de plus en plus les pouvoirs publics s'inquiètent de la privatisation de ce secteur de l'eau qui, certes, nécessite de gros investissements, mais qui garantit aussi de substantiels revenus.
 
L’édito
À qui appartient l'eau ? C'est une question simple à laquelle il n'y a, malheureusement, que des réponses complexes !
On peut retenir, c'est une première constante juridique, que l'eau appartient à un état, l'état qui est par exemple propriétaire et gestionnaire des cours d'eau, des lacs, voire des terrains ou jaillissent des sources d'eau. Mais un autre dispositif juridique vient préciser que l'eau, ou plutôt les réserves d'eau, l'eau souterraine par exemple, appartiennent au propriétaire privé qui possède le terrain en question. On voit la différence d'appréciation. Dans un texte des années 60 relatif aux droits de l'homme en matière économique, il est précisé qu'il appartient aux responsables, je cite, de respecter l'accès à l'eau, de le protéger mais également d'en améliorer son accessibilité. C'est à la fois précis et très vague! En 2010, les Nations Unies ont tout de même décidé que l'eau était, je cite, un droit humain fondamental. C'est tout. Et c'est peu. Il n'existe en réalité aucune convention internationale à propos de l'eau. Alors, à qui appartient l'eau ? À tout le monde, ce qui veut dire, dans les faits à peu de monde!