Brexit : le Royaume-Uni tergiverse

Quels sont les réels enjeux derrière le Brexit ?
Faire un exposé sur la démocratie en Europe.
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Publié le 28/08/2018 - Modifié le 26/09/2018
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© TV5MONDE / RTBF
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Durée : 10:23
Disponible jusqu'au : 28/08/2028
Avec le Brexit, l’UE va perdre un de ses membres. Mais aura-t-il vraiment lieu ? Certains imaginent que les Britanniques feront une fausse sortie, et activeront un peu plus tard l’article 49 du Traité de Lisbonne, ce qui leur permettrait de faire leur grand retour dans l’Union… Si cela n’est que très hypothétique, ce qui se joue actuellement en matière de gouvernance en Europe devrait toutefois attirer notre attention.
Chaîne d'origine : RTBF, TV5MONDE
Vidéo Pipeau : Début  2’40 
 
Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne
« Même si les Britanniques ont quitté en utilisant l’article 50, il y a toujours l’article 49 qui permet un retour comme membre et cela me conviendrait… »
Christian Dupont, journaliste  
Une blague ? Et bien non, l’article 50 qui prévoit la sortie d’un État de l’Europe prévoit aussi son retour sur la base de l’article 49, celui qui règle la procédure d’adhésion d’un pays à l’Union. Donc, l’Europe a prévu l’entrée, la sortie et le retour d’un pays. Faire et défaire, me direz-vous, c’est toujours travailler, avancer, reculer, c’est un peu ce qui caractérise l’ensemble de cette affaire du Brexit.  
Voyez la Chambre des Lords, sorte de Sénat à la britannique. Elle est entrée en résistance. Les Lords, ce sont ces hommes et ces femmes avec perruques et manteaux d’hermine, très nombreux plus de huit cents, fort âgés puisque plus d’un cinquième a au-delà de quatre-vingts ans, nommés à vie : aucun n’est élu directement par la population. Pas nécessairement donc une bande de progressistes ou de révolutionnaires, mais ils ont du pouvoir : la preuve, ils sont parvenus à retarder la date initiale prévue pour le référendum et ils pourraient faire la même chose avec un éventuel accord entre le gouvernement britannique et l’Union. Comment ? Bien, tout simplement en renvoyant le projet à la Chambre basse, en pinaillant sur tel ou tel aspect du projet. Faire et défaire, aller-s retour, va et vient entre les Chambres, tout cela pourrait donner du temps aux partisans d’un nouveau référendum, comme le mouvement Renew Britain : 222 jeunes ont entamé une longue marche au travers du pays pour faire comprendre aux Britanniques qu’ils se sont trompés ou qu’on les a trompés. Refaire après avoir défait. 
Pourtant, tout le monde le dit : les chances d’un second référendum sont très minces. La majorité des Britanniques estiment que le pays peut s’en sortir seul et il se développe même un sentiment de fierté nationale par rapport à cela et particulièrement dans les milieux populaires où l’on préfère ce sentiment à un retour penaud au sein de l’Union. Peut-être est-ce finalement la raison de l’intervention du président de la Commission : obtenir le retour des Britanniques au sein de l’Europe en s’appuyant sur des hommes comme Tony Blair, symbole pour beaucoup de gens du mépris des politiques pour les choix de la population. Une manière pour Jean-Claude Junker de récupérer ce qu’un vote démocratique lui a fait perdre. Pas sûr que cela soit très bien vu par les citoyens européens déjà échaudés par ce type de manœuvres. Mais bon, cela fait tourner la machine. Et pour la bureaucratie, comme pour certains politiques, cela fait durer le plaisir. 
 
Rencontre avec Percy Kemp, romancier britannique : 2’40 fin
 
Esmeralda Labyejournaliste
Percy Kemp, bonjour. Merci de prendre « a cup of tea » avec nous ici, au bar du théâtre Édouard VII. Édouard VII, célèbre roi d’Angleterre, sa statue est à quelques mètres, on l’a vue. Roi d’Angleterre mais aussi grand amoureux de la France. On disait de lui que c’était un pacificateur, l’oncle de l’Europe, justement parce qu’il était parvenu à signer des accords entre ses ces parties pour qu’il n’y ait pas de guerre. D’après vous, est-ce que Tonton Édouard ne risquerait pas de se retourner dans sa tombe s’il entendait parler du Brexit aujourd’hui ? 
Percy Kemp, écrivain
Assurément. Et il a dû se retourner dans sa tombe plusieurs fois auparavant quand on pense que ses neveux se sont entre-tués pendant la guerre 14-18 et il a vu, et il n’aura pas vu (mais) le déclin et la chute de l’empire britannique. Tous les petits-enfants de Victoria, à part le roi d’Angleterre détrôné, donc je pense qu’à plus d’un titre, il doit faire la girouette.
Esmeralda Labye, journaliste
Et vous pensez quand même, vous êtes écrivain mais vous êtes aussi avant tout citoyen britannique. Comment vous le percevez, comment vous le vivez ce Brexit ? Est-ce que c’est une anecdote, un détail, une déchirure ou comme on dit chez vous « I don’t care » ? 
Percy Kemp, écrivain
Non je ne peux pas dire, si je suis concerné par la société dans laquelle je vis, je ne peux pas dire : « I don’t care ». Je suis, comme vous le savez, anglais de père et libanais de mère, et je suis aussi de culture française. Le français est ma langue d’intimité, c’est la langue que je parle avec ma femme, donc je suis – disons – affecté à plus d’un titre puisque du côté de ma mère, cet Orient proche et d’où je viens est de plus en plus repoussé alors qu’il se fait pressant aux portes de l’Europe. Du côté anglais, je suis pratiquement en rupture avec l’Europe et pourtant je suis de culture et de langue française et européenne.
Esmeralda Labyejournaliste
Vous vous sentez tiraillé alors ?
Percy Kemp, écrivain
Non, je ne pense pas. Je ne me sens pas tiraillé parce que pour moi, le problème essentiel se situe moins au niveau de l’identité aujourd’hui, avec le Brexit, qu’au niveau de la manière de gouverner. Euh, si j’ai des…, je ne dirais pas des inquiétudes, mais si j’ai des interrogations, c’est sur non pas l’Angleterre ou le Royaume-Uni hors de l’Europe ou à l’intérieur de l’Europe mais la manière dont le Royaume-Uni et les autres pays européens vont être gouvernés. Parce que nous avons été habitués jusqu’à maintenant à une Europe qui était essentiellement démocrate et libérale. Et de plus en plus aujourd’hui, on voit apparaître une nouvelle forme de démocratie populiste et référendaire, qui favorise l’émergence d’un exécutif très fort et donc de plus en plus, euh…, une marginalisation des élites élues, parlementaires, au profit d’une élite restreinte qui est élue au suffrage universel et qui concentre les pouvoirs. L’exemple français est évident là, puisque c’est un régime présidentiel très fort. Je vois très peu de pays, même les États-Unis, où une élection présidentielle peut entraîner un raz-de-marée parlementaire en faveur d’une majorité présidentielle. En Angleterre, sur le plan du Brexit, ce qui se joue à mon avis, plus que l’adhésion ou non du Royaume-Uni à l’Europe, c’est : qui va décider. Et aujourd’hui, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour redonner la parole aux parlementaires. Et…
Esmeralda Labyejournaliste
Il y en a qui rêvent d’encore annuler ce Brexit et puis il y a quelques jours, il y a le parlement britannique quand même qui a dit oui, on pourrait peut-être renoncer si jamais on n’avait pas un accord satisfaisant, fort. Moi je me dis, mais alors qu’est-ce qu’ils veulent vraiment ? On se demande effectivement si on n’est pas un peu dans un roman de politique fiction ou c’est même mieux qu’un roman d’espionnage. Vous qui êtes auteur, ça vous inspire ça ?
Percy Kemp, écrivain
Ce qui se passe, c’est qu’au Royaume-Uni maintenant, c’est que le gouvernement sous la pression bien sûr du référendum en faveur du Brexit a décidé que, de négocier avec les Européens et de sortir – en tout cas – qu’il y ait ou non accord. Or, les voix qui s’élèvent aujourd’hui, essentiellement du point de…, chez les parlementaires, y compris la Chambre des Lords, euh, c’est de dire non, s’il n’y a pas de deal, on ne peut pas sortir comme ça, il faut qu’il y ait un deal, que le deal soit bon ou mauvais mais il faut qu’il y ait un deal, et deux, ils veulent que le parlement ait le dernier mot sur ça. Donc ce qui se joue, c’est : est-ce qu’on va avoir, en Angleterre, ce qu’un ancien ministre conservateur Douglas Hogg a appelé une dictature élective ou est-ce qu’on va continuer à avoir un régime parlementaire ? Euh, c’est un peu comme du temps de Charles Ier disons, euh… monarchie absolue dans le temps, aujourd’hui c’est dictature élective et bien sûr je n’utilise pas le mot dictature - et lui non plus d’ailleurs - dans un sens péjoratif, puisque la dictature est un terme juridique, c’est le peuple qui donne le droit à quelqu’un de dicter, comme par exemple le Sénat romain l’a fait avec Jules César et d’autres.
Esmeralda Labyejournaliste
Donc, vous êtes relativement optimiste et en préparant cette interview, j’ai un peu regardé comment vous vous présentiez, quel était un peu votre CV comme on dit. J’ai vu que vous y disiez que vous étiez le « directeur de la Direction générale de l’Imagination de la Commission européenne ». Alors je ne sais pas où se trouve, à quel étage se trouve votre bureau à la Commission européenne, mais je me demande si vraiment les édiles européens viennent vous voir parce que moi, j’ai un peu l’impression qu’en termes d’imagination, là il y a vraiment une certaine carence, non, au niveau de l’Europe ? Elle peut mieux faire ?
Percy Kempécrivain
Mais, vous savez, pour avoir de l’imagination, il faut avoir de la liberté et malheureusement, la plupart de nos fonctionnaires européens n’ont pas cette liberté. Pour avoir de l’imagination aussi, il faut sentir une menace existentielle, et personne ne la sent. C’est ce qui manque, je pense. Ce qui manque, c’est un peu d’adrénaline.
Esmeralda Labyejournaliste
Un peu de rêve aussi parce que, est-ce qu’elle fait encore rêver cette Europe, et est-ce que vous, Percy Kemp, elle vous fait rêver, l’Europe ?
Percy Kempécrivain
Je ne peux pas dire mais…, je ne peux pas dire que ça me fait rêver mais les rêves ne sont pas toujours bons, parce que les rêves vont aussi mener à des démesures. Je pense que c’est Jacques Delors, à qui on demandait : « pourquoi ça, pourquoi la mayonnaise ne prend pas, pourquoi les gens ne s’emballent pas pour l’Europe ? », il avait répondu, je crois : « vous ne pouvez pas demander aux gens de tomber amoureux d’un marché commun ». Donc, il faut une idée qui transcende le rationnel, je pense, et cette idée manque pour l’instant surtout aujourd’hui où nous sommes en pleine logique financière et c’est difficile de s’emballer pour ça. 
Esmeralda Labye, journaliste
Percy Kemp, thank you very much. 
Percy Kemp, écrivain
Thank you.